Un drame sous les fenêtres de la Grande-Garenne
Jeudi soir, vers 20 heures, un drame s'est noué sous les fenêtres de l'immeuble 1, à proximité du centre commercial du quartier de la Grande-Garenne à Angoulême. Une dispute éclate entre deux hommes. Abdallah Kareche, animateur sportif au centre social de Basseau et père de six enfants, intervient pour calmer les esprits. L'un des protagonistes s'éloigne, puis revient au guidon d'un scooter. Pris à partie, Abdallah Kareche reçoit un ou plusieurs coups de couteau, dont un asséné à la gorge.
Une intervention fatale
Son corps gisait ensanglanté sur le parking à l'arrivée des secours. Transporté en ambulance vers Girac, il est décédé quelques minutes plus tard. Âgé de 46 ans, Abdallah Kareche laisse derrière lui une famille et un quartier en état de choc. Son geste héroïque lui a coûté la vie.
Trois hommes en garde à vue
Hier soir, trois hommes, dont le principal suspect, se trouvaient en garde à vue au commissariat de police. Vers 22 heures, l'hôpital a informé le commissariat qu'un homme domicilié dans le quartier, nécessitant des points de suture, s'était présenté aux urgences en se déclarant auteur des coups de couteau. Il a été placé en garde à vue depuis 23 h 15.
Un suspect au lourd passé judiciaire
Le procureur Patrice Camberou a indiqué qu'il n'y avait pour l'heure « aucune explication à ce geste d'une extrême violence ». Cependant, le principal suspect n'en est pas à son premier fait de violence. Il a été condamné à de multiples reprises : en 2002 pour l'agression à coups de pied d'un chauffeur, en 2004 pour celle d'une automobiliste, et en 2010 pour une bagarre à la sortie d'une discothèque.
Un profil qui tranche avec sa victime
Ce profil contraste fortement avec celui d'Abdallah Kareche, décrit par un habitant du quartier comme « quelqu'un de tranquille, pas bagarreur ». Un quadragénaire, ami de longue date avec la victime, a confié : « Je n'ai pas dormi de la nuit, j'ai bu du café. Tout ça entre deux Arabes, au deuxième jour du ramadan. Ces jeunes n'ont plus de respect. »
Un quartier en deuil
Dès hier matin, dans les bureaux du centre social de Basseau – logé provisoirement au Corsaire depuis l'incendie criminel du 9 juin – des polycopiés indiquaient en lettres blanches sur fond noir « centre social, culturel et sportif de Basseau en deuil ». Une salariée a soufflé à l'entrée : « On est en deuil, on ne veut voir personne. »
Une figure de Basseau disparue
D'origine algérienne, Abdallah Kareche était chargé de la boxe au sein du centre social depuis quinze ans. Le maire Philippe Lavaud a rendu hommage à « une figure de Basseau » : « Il était toujours présent dans les animations, c'était quelqu'un de très gentil, de charmant, d'attachant, toujours souriant, très positif. C'est triste pour sa famille, pour l'ensemble de l'équipe du centre social qui, après avoir subi un dramatique incendie, perd un des siens. On a du mal à imaginer qu'on ne va plus le voir dans le quartier. »
Des policiers déployés en nombre
L'effervescence règne dans ce quartier populaire d'Angoulême. Des policiers ont été déployés en nombre pour éviter tout débordement. Une autopsie devait être pratiquée à l'institut médico-légal de Poitiers hier en fin de journée. Le corps d'Abdallah Kareche devrait être restitué à la famille « d'ici la fin du week-end », a assuré le procureur Patrice Camberou.
L'hommage est unanime dans les quartiers de Basseau et de la Grande-Garenne pour cet homme dont le courage a été salué par tous, mais dont le sacrifice ultime laisse une communauté en pleurs et en questionnement sur la violence urbaine.



