Une supportrice de l'Olympique lyonnais, Meriem Bouchedda, 21 ans, et son compagnon ont été violemment agressés samedi soir après le match OL-Le Havre au Groupama Stadium. Ils ont subi des insultes racistes puis des coups, nécessitant 15 jours d'ITT chacun. La jeune femme, élue dans l'opposition à Rillieux-la-Pape, a décidé de témoigner sur les réseaux sociaux, où sa publication a déjà été vue plus de 300 000 fois.
Une sortie de stade qui tourne au cauchemar
Meriem Bouchedda, étudiante en master de droit public, raconte à 20 Minutes le déroulé des faits. Vers 00h15, alors qu'elle quitte le stade avec son compagnon, ils croisent un groupe de six hommes portant des maillots de l'OL, sortant du bar Le Fût à Mesure, des bières à la main. L'un d'eux lance « sales bougnoules ». Le couple décide de ne pas prêter attention, mais le groupe les insulte à nouveau.
Le compagnon de Meriem demande « à qui ils parlent ». Un des hommes répond qu'il s'adresse à lui, puis saisit la nuque du jeune homme, le tire au sol et commence à s'acharner, pendant que les autres le frappent à coups de pied et l'empêchent de se relever. La jeune femme tente de s'interposer, mais un autre homme s'en prend à elle : il lui attrape les poignets, lui arrache son débardeur, lui écrase le pied. Trois jours plus tard, elle porte une attelle, un os étant fracturé, et envisage une opération.
Des supporteurs qui détournent le regard
Meriem Bouchedda hurle, ce qui attire d'autres supporteurs, munis d'écharpes Bad Gones et de t-shirts « Identités Lyon ». Mais ceux-ci, après avoir demandé ce qui se passe, se contentent de rire lorsque les agresseurs répondent « t'inquiète, c'est un sale arabe ». La jeune femme les supplie d'arrêter et d'appeler la police, en vain.
Le cauchemar atteint son paroxysme lorsque l'agresseur de son compagnon lui fait un étranglement. « J'ai vu sa tête et je me suis dit "il va le tuer" », raconte-t-elle. Ce n'est que lorsqu'un autre supporter réalise que la victime n'a plus de souffle que l'agresseur s'arrête. Le couple se réfugie près du bar et appelle le 17 à 00h27. Les secours les emmènent à l'hôpital. Le compagnon souffre de plusieurs fractures, d'ecchymoses, de traces de strangulation et de bleus. Les deux reçoivent 15 jours d'ITT.
Un témoignage viral mais des messages haineux
Après avoir déposé plainte le soir même, Meriem Bouchedda partage son histoire sur Facebook. « Parler, c'est la seule façon d'espérer que les choses bougent », explique-t-elle. Sa publication a été vue plus de 300 000 fois mardi soir, mais elle a aussi reçu des centaines de commentaires haineux, certains lui disant « que c'est bien fait », « de rentrer chez elle » ou encore « vive le RN ». Ce n'est pas la première fois qu'elle est victime de cyberharcèlement raciste, ayant déjà déposé plainte après les municipales sans suite à ce jour.
L'élue dénonce l'impunité des racistes et la violence de l'extrême droite. « Ce sont d'abord des propos discriminants, banalisés et non punis sur les réseaux, et ça finit par des agressions dans l'espace public », lance-t-elle. Elle espère que les agresseurs seront « retrouvés » et « jugés », et que son témoignage poussera l'OL à mener une politique contre les violences et les discriminations. Elle affirme ne plus vouloir se rendre au Groupama Stadium, par peur pour sa sécurité.
L'OL et les autorités réagissent
L'Olympique lyonnais a publié un communiqué assurant se « tenir à disposition des autorités et de la justice » et prendre « toutes les mesures nécessaires pour exclure durablement de son stade les personnes impliquées ». Le club rappelle sa « tolérance zéro envers les violences, le racisme, le sexisme et l'ensemble des discriminations ». Les services de l'État ont également fait part de leur « détermination à lutter contre toutes les formes de discriminations dans les structures et en dehors des stades ». Un dispositif de sécurité avait été déployé ce soir-là, mais il avait été levé au moment des faits.



