Bordeaux : les trajets 100% féminins Uber et Bolt face aux réalités du VTC
Trajets féminins à Bordeaux : Uber et Bolt confrontés aux réalités

Bordeaux : les trajets exclusivement féminins d'Uber et Bolt confrontés aux réalités du métier

« Plus je ramènerai de femmes, mieux ce sera. » Christelle, chauffeuse de VTC depuis août dernier dans la région bordelaise, exprime une conviction ferme. « D'autant plus lorsque certaines femmes ont été victimes d'abus et qu'elles sont traumatisées, ou qu'elles rentrent de soirée après avoir bu. » Elle accueille donc favorablement l'arrivée à Bordeaux de l'option Uber by Women, permettant aux clientes de choisir des conductrices.

Un principe louable face aux violences sexistes

Expérimenté à Paris depuis fin 2024 et rapidement imité par la plateforme concurrente Bolt, ce dispositif est légitimement salué sur le principe. Cette initiative survient après plusieurs années de médiatisation de faits de violences sexistes et sexuelles impliquant des chauffeurs VTC, le dernier cas ayant donné lieu à une plainte pour viol en octobre 2025 à Aubervilliers.

Laurie Larue, conductrice VTC indépendante depuis deux ans, confirme que la majorité de ses clientes apprécient d'être transportées par une femme. « Il y a de la demande », affirme-t-elle. Elle a d'ailleurs créé sa propre entreprise de transport 100% féminin en Gironde avec une partenaire. « On a pris ce créneau et ciblé notre publicité autour d'un transport sûr pour les femmes à force d'entendre les témoignages de nos clientes. »

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Ces témoignages incluent des femmes qui demandent à être déposées quelques mètres avant leur adresse par crainte d'être suivies, ou celles qui se sentent mal à l'aise lorsqu'elles sont les dernières à quitter un véhicule.

Le défi du manque de conductrices

En pratique, l'option déjà proposée par Bolt à Bordeaux depuis janvier 2025 ne fonctionne pas toujours aussi bien que sur le papier. Uber prévient que les temps d'attente peuvent être plus longs que pour une course normale. « Il faut également que la chauffeuse soit assez près pour qu'elle soit proposée à la cliente. Et nous ne sommes pas nombreuses », déplore Laurie Larue.

Selon Uber et les femmes employées dans le secteur, elles seraient environ une centaine sur Bordeaux et son agglomération, représentant moins de 5% des 2 000 à 4 000 chauffeurs VTC totaux.

Ces nouvelles options pourraient-elles au moins contribuer à féminiser la profession, comme l'espère Uber ? Les deux plateformes soulignent une augmentation du nombre de femmes inscrites depuis le lancement des trajets entre femmes. Les conductrices peuvent également prioriser les clientes, allant jusqu'à refuser de prendre des hommes la nuit, comme le font Christelle et Laurie.

La question cruciale de la rentabilité

Pourtant, la rentabilité des courses reste essentielle. Sandrine, chauffeuse VTC dans l'agglomération bordelaise, constate que les courses demandées par des femmes sont souvent trop éloignées. « Quand je gagne 1 euro au kilomètre et que le trajet pour aller chercher la cliente n'est pas comptabilisé, si la course est trop courte, ça ne me rapporte pas assez. »

Cette difficulté est accentuée par les marges importantes prélevées par Uber, pouvant atteindre 45% sur les trajets les plus longs. L'entreprise avait promis une réduction de ces charges au lancement de l'option à Paris, mais seulement pour un mois. « Ce ne sont pas aux femmes chauffeurs de soutenir le coût de la sécurité des femmes », affirme Guillaume Burland, responsable communication chez Bolt, qui n'a pas non plus allégé ses commissions pour le moment.

« Nous cherchons à débloquer le budget pour compenser ces trajets à vide sans augmenter le prix de la course », assure-t-il.

Initiatives alternatives et critiques

Bolt se félicite plutôt de proposer des cours d'autodéfense gratuits pour les passagères et conductrices, ainsi que des stages de sensibilisation pour les chauffeurs. Ces stages restent non obligatoires car il n'existe « pas de lien de subordination entre la plateforme et les chauffeurs », précise Guillaume Burland, rappelant le débat récent sur le statut des chauffeurs de plateformes.

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Face à ces initiatives, la question se pose : s'agit-il de purplewashing (récupération des luttes féministes à des fins lucratives) ou d'une véritable avancée ? Alors que l'Urssaf réclame 1,7 milliard d'euros à Uber pour travail dissimulé, les conditions de travail des VTC peinent à s'améliorer.

« Uber ne mérite pas qu'on leur fasse de la pub », assène Sandrine, qui complète ses revenus par une autre activité. Pour d'autres, les courses via plateformes restent un tremplin vers une activité privée.

Et dans ce domaine, les plateformes n'ont pas l'exclusivité des trajets 100% féminins. Laurie Larue a développé un réseau direct de clientes prêtes à payer un peu plus cher pour assurer leur sécurité, organisant des trajets tôt le matin vers l'aéroport ou des retours de soirée prévus à l'avance.