Sarcelles : l'élection de Bassi Konaté suscite l'inquiétude dans la communauté juive
Sarcelles : inquiétude juive après l'élection de Bassi Konaté

Sarcelles : une communauté juive en suspens après l'élection municipale

Dans les rues de Sarcelles, particulièrement autour de la grande synagogue et des commerces casher, une atmosphère particulière règne depuis le soir des élections municipales. Une tension diffuse, presque imperceptible mais bien réelle, plane sur ce quartier surnommé la Petite Jérusalem.

Une élection qui divise

Le dimanche 22 mars, Bassi Konaté, candidat sans étiquette soutenu par La France insoumise et Les Écologistes, a remporté la mairie avec 55,34% des suffrages face au candidat centriste François-Xavier Valentin. L'édile sortant Patrick Haddad (PS) s'était retiré entre les deux tours. Dans cette ville bastion de la gauche et symbole du multiculturalisme, ce résultat a créé un véritable séisme politique.

François Pupponi, ancien maire de Sarcelles (1997-2017), ne cache pas son amertume : « Depuis l'élection de Bassi Konaté, les membres de la communauté juive pensent qu'il est temps de partir. » L'ancien député du Val-d'Oise accuse même le nouveau maire de connivence avec les mouvances fréristes locales.

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Des réactions contrastées au sein de la communauté

Le ton est cependant plus nuancé du côté des représentants communautaires officiels. Le grand rabbin de Sarcelles Laurent Berros se montre prudent : « Nous allons nous rencontrer la semaine prochaine, mais à partir du moment où il est Sarcellois, cela ne m'inquiète pas. J'ai toute confiance en lui. »

Moïse Kahloun, président de la communauté juive de la ville, adopte une position mesurée : « Nous sommes dans une période d'observation. Nous ne faisons aucun procès d'intention à M. Konaté. La mentalité de notre communauté est de juger sur les actes, et non sur les rumeurs. »

Un vote révélateur dans la Petite Jérusalem

Les urnes ont cependant parlé clairement. Dans les bureaux de vote 22 et 24, ceux du quartier juif, la liste du candidat centriste a réalisé des scores impressionnants de 80% et 84%. Lucas Jakubowicz, auteur de Vote religieux, un tabou français, analyse : « Pour une personne de confession juive, la question de l'antisémitisme est centrale au moment de voter. Une large part de la communauté a donc choisi le camp adverse, probablement dans un réflexe de protection. »

Le déclin démographique d'une communauté historique

Surnommée la Petite Jérusalem, cette partie de Sarcelles abrite l'une des plus grandes communautés juives de France. Les premières familles, majoritairement séfarades originaires d'Afrique du Nord, s'y sont installées à partir de la fin des années 1950. Dans les années 1980, une dizaine de milliers de Juifs vivaient ici, représentant un Sarcellois sur cinq.

Aujourd'hui, la population a diminué. « Nous sommes autour de 8 000 à 10 000 âmes », estime Moïse Kahloun. Les raisons de ces départs sont multiples :

  • L'Alyah : le départ vers Israël, qui concerne plus de 3 300 Juifs français en 2025 selon les chiffres israéliens
  • La mobilité sociale : des familles ayant réussi qui choisissent de s'installer plus près de Paris
  • L'insécurité : bien que les représentants communautaires minimisent ce facteur

Antisémitisme : entre sérénité affichée et craintes réelles

Sur la question de l'antisémitisme, les positions divergent. Moïse Kahloun affirme : « Jusqu'à aujourd'hui, on peut dire sans problème que nous sommes préservés de cette dégradation de l'antisémitisme à l'échelle nationale. » Les chiffres semblent lui donner raison : 19 actes antisémites ont été commis à Sarcelles en 2024, contre 378 à Paris.

Mais cette vision ne convainc pas tous les habitants. Sarah, 22 ans, mère d'une petite fille, conteste : « On n'est pas préservé du tout ! Regardez, une jeune fille de 14 ans s'est fait agresser dans le quartier il y a quelques semaines. » Le 6 mars, une adolescente a effectivement été frappée et traitée de « sale juive » par trois individus.

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Entre attachement et tentation du départ

Rebecca Ktorza, 28 ans, tient la pâtisserie Les Fils d'Élie au cœur du quartier juif. Elle exprime une certitude troublante : « Dans quelques années, tout le monde aura fini par partir d'ici ; notre avenir n'est pas ici. »

Son frère Jérémy, restaurateur de 38 ans, adopte une position différente : « Moi, je ne me vois pas partir. Et pour aller où ? On n'est pas plus en sécurité à Levallois-Perret ! » Dans cette ville des Hauts-de-Seine, 21 actes antisémites ont été recensés en 2024 pour une communauté deux à trois fois plus petite.

La Petite Jérusalem de Sarcelles résiste encore, mais l'élection de Bassi Konaté a ravivé des interrogations profondes sur l'avenir de cette communauté historique. Entre confiance affichée et craintes non formulées, entre attachement au territoire et tentation du départ, les Sarcellois juifs naviguent dans des eaux incertaines, observant avec attention les premiers pas de leur nouveau maire.