Le rappeur marocain El Mahdi Lyoubi, connu pour ses chansons en dialecte darija qui dénoncent les injustices sociales et le système politique, comparaît ce mardi 26 juillet devant le tribunal de première instance de Casablanca. Il est poursuivi pour « atteinte aux bonnes mœurs » et « outrage à agent public », des chefs d'accusation qui pourraient lui valoir jusqu'à cinq ans de prison.
Des chansons qui dérangent
El Mahdi Lyoubi, 28 ans, s'est fait connaître sur les réseaux sociaux avec des titres comme « Le système » ou « La rue », qui critiquent ouvertement la corruption, le chômage et les inégalités. Ses textes, souvent crus et provocateurs, lui ont valu une large audience auprès de la jeunesse marocaine, mais aussi les foudres des autorités. Selon ses avocats, son arrestation le 15 juillet dernier est liée à plusieurs plaintes déposées par des associations de défense des valeurs islamiques.
Un procès sous tension
Le procès, qui se tient à huis clos, a attiré des dizaines de militants et de fans devant le tribunal. Une manifestation pacifique a été dispersée par les forces de l'ordre. « Nous sommes ici pour soutenir El Mahdi, qui n'a fait que chanter la réalité de notre société », a déclaré Mohamed, un étudiant de 22 ans présent sur place. « C'est une atteinte à la liberté d'expression. »
La défense du rappeur plaide la liberté artistique et estime que les accusations sont infondées. « Ses chansons sont une critique sociale, pas une incitation à la violence ou à la haine », a affirmé son avocat Me Hassan Bennani. Le parquet, de son côté, estime que les paroles dépassent les limites de la liberté d'expression et portent atteinte à l'ordre public.
Un précédent inquiétant
Cette affaire n'est pas isolée au Maroc. Plusieurs artistes et rappeurs ont été poursuivis ces dernières années pour des textes jugés subversifs. En 2020, le rappeur Tiiw Tiiw avait été condamné à un an de prison ferme pour « outrage à fonctionnaire » et « atteinte aux bonnes mœurs ». Les organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International, ont dénoncé une « répression croissante de la liberté d'expression » dans le royaume.
Le verdict dans l'affaire El Mahdi Lyoubi est attendu dans les prochains jours. En attendant, le rappeur reste en détention provisoire. Sa popularité, notamment sur les réseaux sociaux où il compte plus de 500 000 abonnés, pourrait faire de ce procès un symbole de la lutte pour la liberté d'expression au Maroc.



