Énora Malagré dénonce l'injonction à la maternité dans un documentaire poignant
Énora Malagré contre l'injonction à la maternité

La question intrusive « Alors, c’est pour quand le bébé ? » dénoncée par Énora Malagré

Apparemment anodine, cette interrogation glissée dans une conversation s’avère en réalité intrusive et douloureuse pour celles qui la reçoivent. Elle force à se justifier et peut raviver des blessures profondes chez les femmes qui désirent devenir mères mais en sont empêchées. Énora Malagré, animatrice et comédienne atteinte d’endométriose, a vécu cette injonction à la maternité à maintes reprises. Après de multiples tentatives infructueuses pour avoir un enfant, cette question lui rappelle constamment le difficile deuil auquel elle doit faire face.

Un documentaire intime diffusé sur France 5

Dans son film « Pourquoi t’as pas d’enfants ? », diffusé ce mardi à 21h05 sur France 5, Énora Malagré confie : « J’ai besoin d’avancer mais tout autour de moi me rappelle cette absence : les conversations sur les enfants, les annonces de grossesse, les ventres ronds qu’on expose comme des trophées pendant que le mien reste désespérément vide. » Ce documentaire d’une heure mêle l’intime à l’universel, suivant l’animatrice à la rencontre de femmes, célèbres ou anonymes, qui ne peuvent pas avoir d’enfants ou n’en éprouvent tout simplement pas le désir.

Un projet nourri depuis près de dix ans

Énora Malagré, âgée de 45 ans, porte ce projet depuis le diagnostic de son endométriose, une maladie touchant près d’une femme sur dix en France. « Très rapidement, m’a été posée la question de savoir si j’aurai des enfants ou pas. Déjà, je trouvais ça très intrusif », souligne-t-elle. Elle ajoute que lorsqu’elle tentait d’aborder le sujet, dans sa sphère intime ou dans des émissions, personne ne semblait s’y intéresser. Cependant, depuis environ un an, elle constate une libération de la parole sur ce thème.

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Le soutien d’un groupe de parole et des témoignages bouleversants

Le film s’ouvre sur un groupe de parole organisé par l’association Happy Moi, qui accompagne des personnes dans « leur renoncement subi à la parentalité ». Énora Malagré y rencontre Carine, 51 ans, et Sandrine, 45 ans, avec qui elle partage les parcours éprouvants de procréation médicalement assistée (PMA), les désillusions et les peines. « J’ai assez peu rencontré de femmes qui n’avaient pas d’enfants. Je les ai longtemps cherchées. D’être aussi nombreuses dans la même salle et de raconter nos histoires communes, ça m’a bouleversée. Je me suis sentie très accompagnée, très forte tout d’un coup, moi qui me sentais bien fragile », confie la comédienne.

Un message mêlant colère et espoir

À travers ce film personnel, Énora Malagré illustre le long et douloureux chemin pour faire le deuil de la parentalité, un parcours semé de doutes, d’espoirs et de manques. Elle y dévoile la multitude d’émotions qui la traversent depuis des années : tristesse, désarroi, mais aussi colère envers les fondements patriarcaux de la société et la violence de certains discours politiques. L’apaisement survient grâce aux échanges avec les femmes rencontrées : « J’ai découvert que j’étais capable de faire le deuil de la parentalité et que je n’étais pas seule. Évidemment, je me doutais que je ne l’étais pas, mais je me suis rendu compte de notre capacité à la résilience, de la façon dont on peut redéfinir sa vie à l’infini. On peut s’adapter à tout, même à une vie qu’on n’imaginait pas pour soi. »

La liberté de ne pas vouloir d’enfants

Ce documentaire se veut également un « manifeste » sur la liberté des femmes à disposer de leur corps et leur volonté de s’affranchir des injonctions sociales. Énora Malagré donne la parole à des femmes qui ont choisi de ne pas avoir d’enfants, comme Marianne James, Béatrice Dalle ou Mireille Dumas. Elle interviewe aussi la championne paralympique Marie Patouillet, qui revendique son droit de ne pas devoir se justifier constamment, ainsi que Bettina et Camille, deux femmes ayant opté pour une ligature des trompes par choix. Ces témoignages restent rares dans l’espace public.

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Les difficultés à témoigner ouvertement

« J’ai eu la chance d’avoir les trois pionnières, celles qui en ont parlé en premier, entre guillemets. Ça a été plus compliqué avec les femmes de ma génération et les plus jeunes », explique Énora Malagré. Elle note que certaines connaissances n’ont pas souhaité témoigner à visage découvert, craignant d’être malmenées par leur famille ou leur entourage. « Comme quoi, ça continue d’être un sujet », conclut-elle, soulignant ainsi la persistance des tabous et des pressions sociales entourant la maternité et son absence.