Diane Richard dénonce les dérives sectaires du féminisme contemporain
Diane Richard critique les dérives du féminisme actuel

La rupture d'une militante féministe avec son propre camp

Dans son ouvrage Lutter sans se trahir. Récit d'un féminisme confisqué publié chez Stock, Diane Richard livre un témoignage poignant sur sa désaffiliation progressive du mouvement féministe dont elle était pourtant une figure engagée. Cette militante de gauche, lesbienne et ancienne membre active de #NousToutes, décrit avec une lucidité douloureuse comment le féminisme d'éducation populaire s'est progressivement transformé en un entre-soi idéologique étouffant.

Le 7 octobre 2023 comme révélateur

La date du 7 octobre 2023 constitue un tournant décisif dans son parcours militant. Diane Richard a été sidérée par les réactions de certains partis de gauche et personnalités féministes qui ont parlé de "libération" ou de "résistance" après les attaques du Hamas, plutôt que de condamner fermement ces violences.

"La fracture s'est produite immédiatement entre celles et ceux qui condamnaient les attaques et celles et ceux qui refusaient de le faire", explique-t-elle. Au sein du milieu féministe, une autre division est apparue concernant les violences sexuelles commises lors de ces attaques, certaines militantes choisissant de les taire, de les mettre en doute, voire de les justifier.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La hiérarchisation des victimes : une aberration féministe

L'autrice dénonce particulièrement la hiérarchisation des luttes et des victimes qui s'est accentuée après les événements d'octobre 2023. Elle constate avec amertume que certaines féministes ont accepté de distinguer les "bonnes" des "mauvaises" victimes, trahissant ainsi le principe fondamental du féminisme qui combat précisément cette distinction.

"Ce qui m'a semblé nouveau, c'est que cette fois-ci la pression ne venait pas de l'extérieur, mais des féministes elles-mêmes", souligne Diane Richard. Elle précise cependant qu'il ne faut pas généraliser : toutes les féministes ne partagent pas ces dérives, et beaucoup s'y opposent activement.

L'impensé de l'antisémitisme à gauche

Un autre angle mort pointé par l'autrice concerne la difficulté d'une partie de la gauche et du mouvement féministe à reconnaître l'existence de l'antisémitisme dans ses propres rangs. "Il y a un refus dans une partie de la gauche, et du milieu féministe, de reconnaître que l'antisémitisme peut exister dans ces milieux, comme si le fait d'être de gauche nous vaccinait contre l'antisémitisme", analyse-t-elle.

Elle rappelle pourtant que les féministes savent bien qu'être de gauche n'empêche pas d'être sexiste, comme le prouvent les multiples affaires de violences sexuelles dans des partis de gauche.

Le double standard du "Je te crois"

Le slogan féministe "Je te crois", porté haut et fort par le mouvement, a révélé ses limites selon Diane Richard. Certaines féministes ont trahi leurs propres valeurs en refusant d'appliquer ce principe à certaines victimes, notamment celles des violences du 7 octobre.

"Elles ont refusé de dire 'Je te crois' à certaines femmes", déplore-t-elle. Pourtant, le principe de base de ce slogan est précisément de ne pas attendre de preuves juridiques mais de se baser sur des témoignages crédibles pour écouter celles qui parlent.

Le prix personnel de la parole libre

Son témoignage a eu des conséquences concrètes et douloureuses pour Diane Richard. Elle a subi des ruptures militantes et amicales, perdu son emploi dans une ONG, et fait l'objet de harcèlement de la part de certaines militantes.

"J'ai été traitée de facho, de sioniste, et on me ramène toujours à ce sujet, même lorsque je parle d'autre chose", confie-t-elle. Malgré ces épreuves, elle affirme être "plus de gauche et féministe que jamais", refusant de céder le terrain à ceux qui, selon elle, trahissent les valeurs fondamentales de ces engagements.

La tentation sectaire du militantisme

Diane Richard analyse avec finesse les mécanismes qui poussent les mouvements militants vers le sectarisme et le repli sur soi. "Lorsque son camp est attaqué, on a la tentation de le défendre bec et ongles contre nos adversaires en ignorant ou minimisant des critiques parfois légitimes", explique-t-elle.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Elle reconnaît elle-même avoir été, à ses débuts, plongée dans cette "bulle militante" où l'on adhère sans critique aux positions dominantes. Aujourd'hui, elle plaide pour un militantisme plus ouvert au débat et à l'autocritique.

Reconstruction et nouvel engagement

Malgré les blessures, Diane Richard parle de reconstruction. "Lutter sans se trahir, cela veut dire avoir des valeurs fortes, savoir ce pour quoi on se bat, et garder cette boussole constamment en tête", affirme-t-elle. Parfois, cela implique de "trahir son camp" lorsque celui-ci s'éloigne des principes qu'il prétend défendre.

Son livre se veut ainsi une tentative de sauvetage : sauver le féminisme de ses dérives, sauver la gauche de ses aveuglements, et se sauver soi-même du ressentiment. Un témoignage courageux qui interroge les fondements mêmes de l'engagement politique contemporain.