Clara, française et turque : « Je devais me cacher pour faire le ramadan »
Clara, française et turque : le ramadan en cachette

Clara, une jeune femme de 25 ans, a été élevée par une mère française et un père turc peu présent. Après une enfance à dissimuler ses origines, elle s’est rapprochée de ses racines turques et de sa famille paternelle via la religion musulmane. Ce témoignage, recueilli par Charly Zaïdi et Cassiopée Etchevers, est le quatrième volet de notre série consacrée au métissage.

Une enfance marquée par la dissimulation

En France, une personne sur trois est issue de la première, deuxième ou troisième génération d’une famille immigrée. Clara fait partie de ce tiers de Français, mais grandir loin de son père et de sa famille turque a longtemps impacté son rapport à ses origines. Durant son adolescence, elle tentait de cacher son héritage turc, comme elle le raconte : « Quand j’étais petite, on m’appelait “Farinette”, tellement j’utilisais de fond de teint clair pour cacher ma peau mate. Je trouvais mes copines beaucoup plus belles. Elles avaient la peau blanche et quand elles portaient du fond de teint, ça faisait joli. Moi, j’avais la peau foncée, de gros sourcils. »

Cette période de sa vie a été marquée par un sentiment de décalage et une volonté de s’intégrer à tout prix, quitte à renier une partie d’elle-même. Le terme de métissage, apparu dans les colonies, cherchait à définir les individus qui venaient perturber l’ordre racial : ni blanc, ni esclave noir. Aujourd’hui, le mélange des diasporas et les rencontres de populations font émerger de nouvelles questions d’identité chez ceux qui portent ces héritages complexes.

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Le ramadan, un acte de foi et de rébellion

À l’âge adulte, Clara a redécouvert la religion musulmane, ce qui l’a rapprochée de sa famille paternelle. Mais cette démarche s’est heurtée à l’opposition de sa mère. « Je devais me cacher car ma mère n’acceptait pas que je fasse le ramadan », confie-t-elle. Cette pratique religieuse, devenue un lien avec son père et ses origines, a dû être vécue dans la clandestinité, ajoutant une tension supplémentaire à une relation familiale déjà complexe.

Ce parcours illustre les difficultés que peuvent rencontrer les personnes issues de couples mixtes, prises entre deux cultures, deux histoires et parfois deux religions. Pour Clara, la foi a été un pont vers une partie d’elle-même longtemps ignorée, mais ce chemin n’a pas été sans embûches.

Un cheminement vers la réconciliation

Si Clara s’est tenue à l’écart de son héritage turc jusqu’à sa vingtaine, elle a renoué avec son père et ses origines au travers de la religion. Ce processus de réconciliation, bien que personnel, résonne avec les expériences de nombreux Français issus de l’immigration. La série « Métissage », qui donne la parole à des personnes comme Luca (français et mongol) ou Aïcha (française et algérienne), met en lumière la diversité des parcours et des questionnements identitaires.

Pour Clara, cette démarche a été un moyen de combler un vide, de comprendre d’où elle vient et de tisser des liens avec une famille paternelle longtemps absente. Aujourd’hui, elle assume pleinement ses origines, même si le chemin a été semé d’obstacles. Son témoignage, comme celui des autres participants, contribue à enrichir la réflexion sur ce que signifie être métis en France aujourd’hui.

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