Anaïs Le Ménahèze, une militante déterminée contre la grossophobie
À seulement 33 ans, Anaïs Le Ménahèze s'est imposée comme l'une des voix les plus engagées dans la lutte contre la grossophobie en France. Son action passe notamment par son association « La vie en gros » et ses périples à vélo à travers le pays. De mars à août dernier, elle a réalisé un tour de France de 3 000 kilomètres avec sa poule Plume, réussissant à sensibiliser plus de 2 000 personnes sur son passage.
Un parcours marqué par les difficultés liées au poids
À l'occasion de la journée mondiale de lutte contre l'obésité, Anaïs Le Ménahèze a accepté de revenir sur son parcours personnel. « Dans l'enfance, on m'a rapidement dit que j'étais en surpoids, cela s'est aggravé à la fin de l'adolescence et après, ça m'a suivi toute ma vie », confie-t-elle. Elle a été particulièrement sujette à ce qu'on appelle l'effet yo-yo, alternant régimes et reprises de poids, ce qui a développé chez elle un trouble du comportement alimentaire : l'hyperphagie boulimique.
« Ce n'est pas la même chose que la boulimie car il n'y a pas d'effets compensatoires et logiquement, on prend davantage de poids. Ce sont des moments de perte de contrôle avec la nourriture », précise-t-elle. À 29 ans, après avoir perdu 45 kg, elle a tout repris l'année suivante, ce qui l'a amenée à consulter dans un centre spécialisé de l'obésité.
La découverte de l'obésité comme maladie chronique
Dans ce centre, elle a rencontré une équipe pluridisciplinaire composée de kinésithérapeute, endocrinologue, nutritionniste et psychologue. « Ils m'ont expliqué que l'obésité est une maladie chronique, comme le définit l'Organisation mondiale de la santé, ce qui signifie que je risque de vivre avec toute ma vie », raconte Anaïs. Ces professionnels ont également posé le diagnostic d'hyperphagie boulimique sur ses symptômes.
« Ils me l'ont dit avec les bons mots, au bon moment et cela m'a beaucoup déculpabilisée. À partir de cette explication, je n'avais plus besoin de l'opération. Rapidement, je me suis dit que je ne devais pas être la seule à ignorer que l'obésité était une maladie chronique », souligne-t-elle.
Le passage à l'action et la création de l'association
Après cette prise en charge, Anaïs Le Ménahèze s'est mise en mode combat contre l'obésité. Trois ans plus tard, elle parle plutôt de « vivre avec », que ce soit avec ou sans perte de poids. « Dans mon cas, défocaliser de cette perte de poids permet sûrement de perdre davantage de poids qu'en restant concentrée dessus », estime-t-elle.
Elle a choisi de se mobiliser en organisant des apéros vélos un peu partout en France pour sensibiliser aux préjugés qui visent les personnes en surpoids. Son frère lui a ensuite lancé le défi de le rejoindre à Lourdes, ce qui l'a amenée à parcourir la distance entre Nantes et Lourdes en septembre 2023, au rythme de 80 kilomètres par jour, un périple dont elle a fait un film.
Un équilibre toujours fragile face aux préjugés sociaux
Aujourd'hui, Anaïs reconnaît vivre dans une certaine ambivalence : « Parfois ça va mais parfois je le vis mal. Je ne suis pas dans l'acceptation totale car ça reste une maladie, je ne l'ai pas choisie ». Elle continue de faire du sport et de mener ses projets, mais doit composer avec des douleurs physiques et les préjugés de la société.
« La société me ramène en permanence à cette désignation [d'obèse] puisque par exemple, je ne trouve pas d'habits dans lesquels je suis à l'aise », déplore-t-elle. Avec son association « La vie en gros », elle intervient auprès des professionnels qui ont encore des préjugés et connaissent mal cette maladie. « C'est mon combat de la faire reconnaître comme telle », conclut-elle avec détermination.



