Violences en milieu scolaire : les assistants d'éducation de Montpellier dénoncent leur précarité
Dans le sillage du meurtre tragique d'une assistante d'éducation (AED) par un collégien en Haute-Marne, des professionnels de l'éducation basés à Montpellier ont accepté de témoigner de leur quotidien souvent méconnu. Ces hommes et femmes, en première ligne dans les établissements scolaires, décrivent une réalité alarmante où la violence fait partie de leur environnement professionnel, tandis que leur statut précaire complique davantage leur mission éducative.
Des armes dans les établissements : une réalité quotidienne
Virginie*, assistante d'éducation depuis dix ans et désormais en CDI après avoir travaillé dans divers établissements montpelliérains, confie avec franchise : "J'ai toujours vu quelques élèves qui avaient des couteaux, des tasers, des choses comme ça. On en parle aujourd'hui à cause de ce drame, mais n'importe quel AED peut subir un jour des violences." Elle précise que les équipes éducatives ne disposent pas des moyens nécessaires pour prévenir ces situations : "Nous, on ne fouille pas les sacs. On a des portiques à l'entrée pour contrôler les cartes des élèves, mais pas à détecter des armes."
Face à la découverte d'une arme, la procédure reste floue. "Si je vois un élève avec un couteau dans l'établissement, ma priorité est de le ramener auprès d'un CPE ou d'un proviseur. En collège, ça m'est arrivé de prendre le couteau et de le mettre au coffre-fort, avant de faire remonter l'information. Car c'est important de savoir pourquoi l'élève l'avait, s'il a des soucis", explique Virginie.
Des comportements violents et un manque de reconnaissance
Lou*, AED en CDD depuis trois ans dans un autre établissement montpelliérain, décrit des situations régulières de violence entre élèves : "On a parfois affaire à des élèves insolents qui refusent de reconnaître leurs torts. Ils se frappent et disent que c'est pour s'amuser, par exemple." Pour gérer ces incidents, les assistants d'éducation doivent souvent compter sur leur solidarité interne : "On s'aide entre AED ou on relaie auprès du responsable de niveau."
Cette exposition aux risques s'accompagne d'une précarité institutionnelle dénoncée par les syndicats. Jessica Boyer, secrétaire départementale du Snalc, premier syndicat pour les AED, révèle des chiffres édifiants : "Il y a plus de 2 500 assistants d'éducation (AED) dans l'Hérault. 87% sont en CDD, et ils peuvent le rester six ans, sans garantie de passer en CDI à la fin. Ils sont maintenus dans la précarité, c'est scandaleux."
Un rôle essentiel mais sous-évalué
Les syndicats insistent sur le rôle crucial des AED dans le fonctionnement des établissements. Mathieu Marchal, secrétaire départemental FO pour les lycées et collèges, souligne : "Les établissements ne pourraient pas fonctionner sans eux. Ils sont pourtant en première ligne, plus que les CPE ou les chefs d'établissement. Ils connaissent bien les élèves et gèrent de nombreuses problématiques, y compris les absences."
Pourtant, les moyens alloués sont insuffisants. "La règle, c'est un AED pour 120 collégiens et un pour 250 lycéens, mais on en est loin", déplore Mathieu Marchal. Les assistants d'éducation se retrouvent souvent dans des situations complexes qui dépassent leurs missions initiales. Virginie les décrit comme "les couteaux suisses de l'établissement", intervenant au portail, au self, au bureau de vie scolaire, en salle d'études, ou encore pour gérer des bagarres à l'extérieur des murs de l'école.
Une rémunération dérisoire après des années de service
La précarité se manifeste aussi dans les salaires. Virginie témoigne amèrement : "Depuis que je suis en CDI, je ne touche que 40 euros de plus qu'en CDD, soit un peu plus de 1 500 euros par mois après dix ans d'expérience." Cette situation financière difficile s'ajoute aux défis quotidiens de leur mission éducative.
Face à ces constats, les syndicats réclament des améliorations concrètes. Jessica Boyer plaide pour une professionnalisation du métier : "Il faudrait les professionnaliser pour qu'ils deviennent une sorte d'assistants des CPE." Mathieu Marchal ajoute : "On demande qu'ils puissent bénéficier d'heures de formation et suivre leurs études en parallèle de leur travail, ce qui n'est pas toujours facile."
Malgré ces difficultés, les assistants d'éducation restent passionnés par leur mission. Lou conclut avec conviction : "Le principal quand on est AED, c'est qu'on aide les élèves à grandir, à apprendre à gérer les conflits, leurs émotions. Et c'est hyper enrichissant." Un engagement d'autant plus remarquable qu'il s'exerce dans des conditions souvent précaires et face à des risques réels de violence.
(*) Les prénoms ont été changés pour préserver l'anonymat des témoins.



