Le ministre de l'Éducation envisage de réduire les vacances d'été à 4 ou 6 semaines
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a relancé le débat sur la durée des vacances scolaires. Sur RTL ce lundi 9 février, il a évoqué la possibilité de réduire les congés estivaux dans le second degré, qui pourraient passer de huit semaines actuellement à six, cinq, voire quatre semaines dans les prochaines années. Si cette réduction ne concernerait pas 2026, le ministre estime que "c'est une vraie question de 2027", échéance de la prochaine élection présidentielle.
Une proposition qui suscite l'indignation des syndicats
Catherine Nave-Bekhti, professeure de sciences économiques et sociales et secrétaire générale de la fédération CFDT Éducation, s'indigne auprès de BFM : "On prend le problème à l'envers. Et on le prend par le petit bout de la lorgnette." Jérôme Fournier, professeur d'histoire-géographie et secrétaire national éducation du syndicat SE-Unsa, renchérit : "Faire cours au mois de juillet ? Mais on a déjà du mal à le faire en juin. Et avec le changement climatique, ça ne va pas s'arranger."
Des locaux scolaires inadaptés à la chaleur estivale
Les enseignants pointent du doigt l'inadaptation des infrastructures. "Les locaux scolaires ne sont pas du tout adaptés. Dans certains établissements du Sud, dès le mois d'avril, il fait trop chaud", explique Catherine Nave-Bekhti. Elle rappelle qu'en 2019, les épreuves du brevet avaient dû être décalées au début du mois de juillet en raison d'une canicule, illustrant les difficultés liées aux températures estivales.
Des rapports officiels recommandent le maintien des huit semaines
Cette proposition ministérielle va à l'encontre de plusieurs recommandations officielles :
- La Convention citoyenne sur les temps de l'enfant a opté pour le maintien des seize semaines actuelles de congé
- Son rapport précise que "la réduction des vacances d'été n'est pas compatible avec les conditions climatiques"
- La commission du conseil supérieur de l'éducation recommande également le "maintien de huit semaines de vacances pleines en juillet et août"
La question cruciale de la compensation pour les enseignants
"Et pour les enseignants, quelle compensation ?" s'interroge Jérôme Fournier. Catherine Nave-Bekhti précise : "Concrètement, cela signifie augmenter le temps de travail pour les personnels, mais rien n'a été annoncé sur ce point. Sans compter que les vacances d'été sont aussi un temps de travail pour les enseignants. Il ne faut pas croire qu'ils passent deux mois au bord de la piscine."
Un impact sur l'organisation générale du système éducatif
Bruno Bobkiewicz, secrétaire national du Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation Nationale (SNPDEN-Unsa), souligne les implications pratiques : "Cela impliquerait notamment des modifications statutaires du temps de travail des enseignants mais aussi des personnels administratifs et de direction." Il explique que pour les personnels de direction, une à deux semaines supplémentaires seraient nécessaires après la fin des cours et avant la reprise pour préparer la rentrée, ce qui signifierait pratiquement "que nous n'aurions plus de vacances".
Un débat qui dépasse la simple question du calendrier
Le ministre justifie sa proposition par la lutte contre la "perte d'apprentissage" pendant les vacances, particulièrement pour les élèves des réseaux d'éducation prioritaire. Mais Jérôme Fournier considère cet argument comme simpliste : "Les enjeux des Rep se trouvent aussi en dehors du temps scolaire." Catherine Nave-Bekhti abonde : "Quelle politique de la jeunesse, quel accompagnement éducatif en dehors du temps scolaire est proposé à ces enfants ? L'enjeu, c'est aussi d'enrichir les différents temps. Et pour cela, il faut un budget."
Une proposition dans la lignée des déclarations présidentielles
Cette initiative s'inscrit dans la droite ligne des déclarations d'Emmanuel Macron, qui s'est récemment déclaré en faveur de journées "plus courtes" au collège et au lycée en contrepartie de vacances "plus courtes". Le président avait déjà évoqué cette piste en 2023, affirmant qu'il y avait "trop de vacances" et suggérant une reprise des cours dès le 20 août pour les élèves en difficulté.
Bruno Bobkiewicz conteste cette vision : "Si on regarde du côté des autres pays européens, nous ne sommes pas du tout celui qui a le plus de vacances." La France se classe effectivement au septième rang en matière de vacances scolaires selon le réseau européen Eurydice.
Face à cette proposition, Jérôme Fournier résume l'opinion de nombreux acteurs du monde éducatif : "Raccourcir les vacances d'été, ça soulève plus de questions que ça n'apporte de réponses." Bruno Bobkiewicz conclut : "La question des temps scolaires est légitime, mais elle mérite de réfléchir sérieusement et surtout elle mérite beaucoup mieux qu'une déclaration politique."



