Le président d'Université Côte d'Azur, Jeannick Brisswalter, a lancé un cri d'alarme budgétaire lors de la rentrée universitaire, jeudi 17 septembre 2026 à Nice. Il alerte sur un risque de perte de compétitivité et de souveraineté pour la France si la trajectoire budgétaire des universités continue à se dégrader.
Une rentrée sous tension budgétaire
Les 32 000 étudiants d'Université Côte d'Azur ont repris le chemin de ses quinze campus, de Nice à Sophia Antipolis. Cette rentrée se déroule dans un contexte de crise budgétaire pour les universités françaises. Une intersyndicale a d'ailleurs défilé à Paris le 15 septembre pour réclamer plus de moyens.
Jeannick Brisswalter insiste : « Cela fait plusieurs années que nous alertons les pouvoirs publics que la France va, ou peut décliner ». Il rejoint le constat de son homologue de Clermont-Ferrand, Mathias Bernard, qui affirme que « les universités françaises risquent d'aller dans le mur d'ici trois à quatre ans si rien n'est fait ».
Une fragilisation budgétaire malgré le label Idex
Le président d'Université Côte d'Azur reconnaît que son établissement bénéficie d'un « effet retard » grâce au label Idex (Initiative d'excellence) obtenu en 2016. Cette dotation pérenne de 16 millions par an permet de lancer un certain nombre d'actions. Cependant, « la courbe générale des universités françaises, dont l'Université Côte d'Azur, c'est une fragilisation budgétaire ».
Concernant l'entretien des campus, l'université dépense environ 10 millions par an sur sa dotation. Le coût total pour remettre en état les quinze campus serait de 250 millions. « Cela nous prendrait donc 25 ans… le temps que les bâtiments continuent de se dégrader ! » s'exclame Jeannick Brisswalter. L'université s'est lancée dans la dévolution du patrimoine pour devenir propriétaire de ses murs et lancer des opérations indépendamment de l'État.
Des projets financés mais un avenir incertain
Le contexte budgétaire ne plombe aucun projet en cours, car tous sont financés. En revanche, il peut réduire le volume de projets que l'université peut lancer. « La dotation nous permet de vivre, pas de faire évoluer l'université. Nous sommes tributaires du fait de toujours aller chercher les appels à projets… et de réussir », explique le président.
À l'échelle nationale, cela représente un risque de perte de compétitivité et de souveraineté pour la France. À l'approche de la présidentielle, Jeannick Brisswalter lance un appel aux candidats. Lors du dernier séminaire des présidents Idex en mai, un cahier de propositions a été rédigé. Les présidents d'université vont solliciter les candidats pour savoir quelles réponses ils peuvent apporter.
Le débat sur la sélection et les étudiants étrangers
Un récent décret limite à 30 % la part des étudiants extracommunautaires exonérés de frais d'inscription. Jeannick Brisswalter s'était opposé à la loi immigration, considérant que « les étudiants extracommunautaires sont une richesse pour les universités ». Le décret actuel réduit le pourcentage d'étudiants que l'on peut exonérer, et le critère est imposé. « Cela change complètement la philosophie ! On ne sait pas du tout quel va être le résultat », déplore-t-il.
Sur la question de la sélection à l'entrée de l'université, soulevée par le ministre de l'enseignement supérieur, le président estime qu'il faut se poser la question de la réussite des étudiants, mais que « la réussite des étudiants ne dépend pas forcément de la sélection ». Il souligne l'importance du travail à faire à bac -3, car une grande partie de l'échec étudiant vient d'une mauvaise orientation.
Enfin, Jeannick Brisswalter rappelle que la mission de l'université est de former des citoyens éclairés. Les conditions de vie des étudiants sont fondamentales en termes de réussite, comme l'a révélé la crise Covid. « La qualité de vie des étudiants, c'est une nouvelle mission de l'université. On s'occupe vraiment de leur bien-être, qui est un facteur de réussite », conclut-il.



