Stylo à plume : l'exigence des profs questionnée par une chercheuse
Stylo à plume : des profs l'imposent, une chercheuse s'inquiète

Le stylo à plume, symbole de l'écriture « à la française », continue de diviser enseignants et parents. Tandis que ses ventes s'effondrent dans les grandes surfaces depuis 2010, certains professeurs l'imposent encore sur les listes de fournitures, au nom de la concentration et de l'exigence. Mais cette pratique est vivement critiquée par Nathalie Bonneton-Botte, directrice de l'Inspé Bretagne, qui y voit un risque de surcharge cognitive et de dégoût de l'écriture pour les élèves les plus fragiles.

Une résistance qui persiste dans certaines classes

Malgré la baisse continue des ventes, des enseignants comme Mathilde, professeure d'histoire-géographie dans un lycée d'Île-de-France, continuent de recommander fortement l'usage du stylo à plume à leurs élèves. « Ça oblige les élèves à la concentration et à l'application. C'est une forme d'exigence. À l'heure où les élèves perdent toute notion d'orthographe et de grammaire, je crois que ça redonne ses lettres de noblesse à l'écriture manuscrite », explique-t-elle. Elle précise toutefois ne pas l'imposer formellement et ne le recommander que pour les examens sur table, « pour leur épargner la prise de notes ».

Cette pratique reste rare dans l'enseignement public, selon Marc, professeur des écoles à Paris. Il la juge surtout présente dans les établissements privés « un peu “tradi”, qui veulent se donner une image de prestige. C'est aussi un marqueur social ». Il souligne aussi les inconvénients pratiques : un outil « assez cher, fragile » et des enfants qui « passent leur vie à se mettre de l'encre partout ».

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La liberté pédagogique invoquée par le ministère

Le ministère de l'Éducation nationale, interrogé par 20 Minutes, rappelle que « le choix des outils et supports utilisés en classe relève de la liberté pédagogique des enseignants ». Il précise que l'utilisation du stylo à plume « n'est pas interdite » et qu'un professeur « peut en faire usage dans le cadre de sa pratique pédagogique, s'il le souhaite ». Le stylo-plume n'apparaît toutefois plus dans les modèles de listes de fournitures proposés par le ministère.

Cette habitude est « très française », selon Nathalie Bonneton-Botte : « Sur le plan international, nous, et les enseignants en particulier, sommes réputés pour être très attachés à l'écriture manuscrite et à la dimension calligraphique, à la belle écriture. » Mais la chercheuse, spécialisée dans la motricité dans les apprentissages scolaires, rejette les vertus prêtées à la plume : « Il y a une dimension de plaisir à calligraphier, mais qui n'est pas partagé par tous les élèves. Dans une approche inclusive, et en tenant compte du nombre d'enfants qui ont des troubles des apprentissages, il ne faut pas forcer à son utilisation. »

Une concentration qui se fait au détriment du contenu

Pour Nathalie Bonneton-Botte, l'application constatée chez les élèves qui écrivent à la plume est avant tout « une concentration motrice » qui surcharge « la mémoire de travail ». L'élève se concentre davantage sur le geste d'écriture que sur la syntaxe, l'orthographe et la grammaire. « C'est comme de demander à un droitier d'écrire une rédaction de la main gauche, il fera beaucoup plus de fautes parce que son attention est captée par le geste », illustre-t-elle. Concernant l'exemple de Mathilde, elle commente : « Si son objectif est d'avoir une jolie écriture, il est atteint. Si elle souhaite faire écrire des rédactions longues, riches en vocabulaire, correctement orthographiées, ce n'est pas du tout une bonne idée… »

La chercheuse reconnaît néanmoins un intérêt « ponctuel » au stylo à plume, en complément d'autres outils : « Il présente un degré de friction particulier, il faut vraiment le tenir d'une certaine façon très précise pour que ça fonctionne bien. Ça peut être intéressant parce qu'on découvre et on teste la pression exercée sur la feuille. » Elle compare cet apprentissage à celui de l'écriture à la craie, « qui se casse si on appuie trop fort ».

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Des recommandations pour éviter de dégoûter les élèves

Plutôt que d'imposer l'achat d'un stylo à plume aux familles, Nathalie Bonneton-Botte préconise de mettre à disposition de chaque classe cinq stylos à plume pour des ateliers de calligraphie, de poésie ou d'autres activités artistiques. En revanche, « l'imposer au lycée, quand l'écriture manuscrite est automatisée, c'est une hérésie selon moi ». Elle insiste : « De manière générale, il ne faut pas imposer un outil scripteur à un enfant qui n'est pas à l'aise avec, encore plus s'il a des difficultés scolaires ou motrices. »

Marc partage cette analyse et appelle ses collègues à abandonner l'idée : « Il y a trop de risques traumatiques, on peut dégoûter les élèves de l'écriture manuscrite. » Il note aussi que cela crée « des images de “mauvais élèves” totalement infondées pour ceux qui n'y arrivent pas », alors que le stylo à bille est « plus uniforme ». Laisser les élèves apprivoiser l'écriture avec l'outil de leur choix apparaît ainsi comme la voie recommandée par les spécialistes.