Stéréotypes de genre en maths : comment ils freinent les filles dès le CP
Stéréotypes de genre en maths : frein pour les filles dès le CP

Stéréotypes de genre en maths : comment ils freinent les filles dès le CP

« Les filles sont moins fortes que les garçons en maths ». Un constat que fait Charlie, dès son entrée en CP. Il ne se base pas sur des résultats concrets, mais sur des réflexions entendues dans la cour de récréation. « Les garçons de ma classe sont tout à fait capables de dire ça entre eux », surenchérit Louison, 13 ans, précisant toutefois qu’ils ne lui ont jamais fait remarquer frontalement. Les stéréotypes de genre sont ressentis très tôt dans l’enceinte de l’école, et persistent, jusqu’à affecter l’orientation des filles vers les filières scientifiques.

Des différences dès le début de la scolarité

Alors que filles et garçons arrivent au CP avec des résultats identiques en mathématiques, les deuxièmes se distinguent après quatre mois de scolarité, d’après une étude menée auprès de plus de 2,5 millions d’écoliers. Publiés dans la revue Nature, ces travaux montrent que l’écart se creuse tout au long de l’année jusqu’à être nettement marqué en début de CE1. Les chercheurs n’ont pas identifié de façon précise les mécanismes responsables de ce phénomène, mais notent qu’il ne dépend ni du type d’école, ni du statut social.

Un constat pas tout à fait neuf, mais qui appuie de précédentes recherches. « Ces différences s’expliqueraient en partie par les stéréotypes de genre que possèdent les adultes qui entourent l’élève à l’école », peut-on lire dans une note du Conseil scientifique de l’éducation nationale sur les évaluations de CP-CE1 en 2021. L'écart en question n’est pas sans conséquences sur l’avenir des filles, moins nombreuses à se tourner vers les sciences. A la rentrée 2022, seuls 35,9 % des élèves suivant la doublette maths/physique-chimie en terminale générale étaient des filles, d’après des données ministérielles.

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Plus loin dans le cursus, l’effet est encore plus marqué : parmi les diplômés d’un titre d’ingénieur en 2021, moins de 30 % sont des femmes. Un constat alarmant que nombre d’acteurs prennent aujourd’hui à bras-le-corps, multipliant les initiatives pour inverser la tendance. Et s’ils s’attaquent aux stéréotypes de genre, ce n’est pas le seul levier envisagé pour changer la donne.

Il n’y a pas que Marie Curie

Quand on leur demande de citer des femmes de sciences, Charlie et Louison répondent spontanément « Marie Curie ». Forcément, avec deux prix Nobel, la scientifique fait figure d’exception. Mais n’est-ce pas justement le problème ? Cette exception qui fait oublier que l’accès aux sciences pour les filles devrait être normalisé. Les choses avancent, doucement. La preuve, Louison n’a pas que Marie Curie en tête, et cite également Sally Ride et Julia Cantel. Pour cause, elle a rencontré l’ingénieure en nucléaire avec le reste de sa classe dans le cadre d’un projet mené par son collège sur les femmes scientifiques. « C’était très intéressant de mieux la connaître, surtout que son parcours n’a pas été facile. […] Ca montre que tout est possible », ajoute l’adolescente.

« Les stéréotypes de genre induisent de l'anxiété vis-à-vis des sciences chez les jeunes filles. Elles osent moins par peur de faire des bêtises en pensant que ce n'est pas pour elles. »

Avec le programme Women Do Science, Casio Education s’attelle à organiser des speed meetings entre femmes scientifiques et collégiens ou lycéens. « Voir ces femmes, ça peut changer la donne », confirme Elodie Chabrol, communicatrice scientifique et ambassadrice du programme. « Il faut donner des rôles modèles aux jeunes filles, leur montrer que la science n’a pas de genre, et normaliser le fait qu’on peut être une femme et réussir dans les sciences, quelles qu’elles soient ». Outre cette mise en lumière, Women Do Science s’emploie à soutenir des stages dans ces matières pour les filles et à mettre des kits pédagogiques à disposition des professeurs pour les sensibiliser, ainsi que leurs élèves, tout au long de l’année.

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Réhabiliter l’image des mathématiques

D’autres initiatives se mettent en place au niveau départemental ou régional. C’est le cas de l’académie de Créteil avec le projet « Vers une nouvelle équation académique », lancé à la rentrée 2023. Celui-ci vise à « transformer la perception des mathématiques » via quatre grands piliers, dont un consacré au développement de la culture scientifique des élèves, notamment des filles. La rencontre de figures inspirantes via des partenaires comme EDF ou l’association Femmes et Mathématiques compte parmi les initiatives mises en œuvre, mais pas que.

L’idée est aussi de mettre l’accent sur les gestes professionnels des enseignants, qui luttent eux aussi avec leurs propres stéréotypes. Il s’agit de revoir leur copie en matière d'appréciations, de prise de parole des filles en classe, ou d’habillage des exercices. « C’est un point central », estime Christophe Vitalis, directeur stratégique du projet. « On essaie de sortir de la logique évènementielle pour faire un travail au long cours sur les gestes professionnels afin que les enseignants soient plus vigilants ».

« Avoir des représentations erronées sur les mathématiques peut avoir un impact sur le rapport des filles à la discipline. »

C’est la priorité de ce projet qui incite à la réflexion collective, interdegrés et interdisciplines, via des laboratoires dédiés. Le tout pour rendre compte de l’utilité des maths, de la musique à l’histoire-géo, et ce de la maternelle au lycée. « Changer l’image des maths dans la société, et sensibiliser à son utilité dans divers domaines, est primordial pour faire évoluer la place des filles dans les sciences », ajoute Christophe Vitalis.

Un travail de longue haleine renforcé, depuis mai 2025, par le plan national Filles et Maths, là encore destiné à favoriser la formation des jeunes filles aux sciences. Pas pour les obliger à devenir astronautes ou ingénieures, mais leur donner le choix. « Les filles peuvent faire tous les métiers. La seule chose importante c’est de suivre sa passion », conclut Elodie Chabrol.