SOS Périscolaire enfin entendu après des années d'alerte sur les violences
Depuis 2021, le collectif SOS Périscolaire tire la sonnette d'alarme sur les violences commises dans les structures d'accueil périscolaires à Paris et sur l'ensemble du territoire national. Il aura fallu la révélation de nombreuses affaires dans plusieurs arrondissements parisiens et une campagne municipale particulièrement tendue pour que sa parole soit enfin entendue par les plus hautes sphères du pouvoir.
Les deux cofondatrices du collectif, dont Élisabeth Guthmann, ont été reçues à l'Élysée et au ministère de l'Éducation nationale ce lundi. Cette dernière s'en félicite tout en revenant sur ce combat de longue haleine et sur les timides avancées obtenues après des années de mobilisation.
Une reconnaissance tardive mais bienvenue
Le Point : Le périscolaire est devenu un enjeu majeur de la campagne municipale. Pour vous qui tirez la sonnette d'alarme depuis 2021 avec le collectif SOS Périscolaire, c'est une petite victoire ou cela arrive trop tard ?
Élisabeth Guthmann : C'est un peu tard en effet, mais nous sommes contents que cela arrive enfin dans le débat public. Cette médiatisation sensibilise le grand public et oblige les candidats à se positionner clairement sur ces questions cruciales. Nous alertons les élus de tous bords depuis des années, et il a fallu attendre des scandales retentissants comme ceux qui ont touché des écoles des XIe et XIIe arrondissements de Paris, en 2025, et la diffusion du reportage Cash Investigation fin janvier, pour que l'on obtienne une écoute attentive des responsables politiques.
Des entretiens historiques à l'Élysée
Vous avez été reçues, avec Anne, la cofondatrice du collectif, à l'Élysée et rue de Grenelle, lundi. Comment se sont passés ces entretiens si longtemps attendus ?
Cela faisait longtemps que nous tentions d'obtenir ces rendez-vous cruciaux. Nous avons finalement été prises au sérieux, nos demandes avaient été étudiées en amont et la problématique est maintenant pleinement entendue au plus haut niveau. C'est très positif, même si ce n'est que le début d'un travail commun qui devra s'inscrire dans la durée. De nouveaux rendez-vous suivront très prochainement pour concrétiser les engagements pris.
L'omerta dans les petites communes
Les parents se retrouvent souvent démunis face à ces situations, surtout dans des petites villes et villages où ils connaissent personnellement le maire et où l'omerta est traditionnellement plus forte. Lors du débat d'entre-deux-tours mercredi, Rachida Dati a accusé Emmanuel Grégoire d'être responsable de cette situation préoccupante dans le périscolaire parisien.
Était-il l'un de vos interlocuteurs privilégiés quand il occupait les fonctions de premier adjoint ?
Non, notre interlocuteur principal a toujours été Patrick Bloche, premier adjoint à la maire de Paris en charge de l'éducation, de la petite enfance et des familles. Il nous a reçues à trois reprises depuis 2021, mais les avancées concrètes se faisaient attendre. Il semblait parfois nous prendre pour des parents hystériques qui dénonçaient des problèmes inexistants. On peut affirmer qu'il était dans un certain déni de la réalité. Il allait même jusqu'à envoyer des démentis officiels à ses agents quand une affaire sortait dans la presse.
Emmanuel Grégoire, nous ne l'avons rencontré que très récemment, pendant la campagne électorale. Quant à Anne Hidalgo, on ne l'a jamais vue personnellement ! En revanche, la Ville de Paris a – enfin ! – nommé, en novembre 2025, un secrétaire général adjoint, Xavier Vuillaume, qui est le premier interlocuteur viable que nous rencontrons et qui a commencé à travailler sérieusement sur la refonte complète du périscolaire parisien.
Des chiffres controversés
Le porte-parole de Rachida Dati, Sylvain Maillard, avance des chiffres particulièrement alarmants : 75 agents du périscolaire recrutés par la Ville de Paris (sur 200) seraient, selon lui, poursuivis par la justice pour des faits de violences sexuelles sur mineurs. Ces chiffres correspondent-ils à la réalité que vous connaissez ?
Je ne sais absolument pas d'où sortent ces chiffres, c'est complètement délirant ! Il faut raison garder, sortir de tels chiffres sans vérification ne fait qu'affoler inutilement les gens et les familles d'enfants victimes. Ils ne se rendent pas compte qu'il y a des humains derrière ces statistiques… D'autant qu'il n'existe pas de statistiques officielles sur les violences dans le périscolaire en France, nous le réclamons d'ailleurs depuis le début.
SOS Périscolaire publie sur son site une carte interactive basée sur des témoignages de parents et de professionnels que nous mettons à jour régulièrement : nous en sommes à environ 500 incidents signalés, toutes violences confondues, sur le territoire national depuis 2021. Sur Paris spécifiquement, 153 incidents ont été signalés, dont 38 pour des faits de nature sexuelle. Pour l'année 2025, on compte entre 18 et 20 signalements pour des faits d'agressions sexuelles dans la capitale.
Un travail de substitution
Vous faites un peu le travail des institutions en recensant méticuleusement ces incidents préoccupants…
Oui, nous avons pris cette place par défaut car aucune institution ne voulait initialement aider les familles en détresse, mais nous ne sommes évidemment pas au courant de toutes les situations. Aujourd'hui, nous accompagnons énormément de familles, et même des professionnels du secteur, nous les aidons à signaler les violences, à rédiger des courriers officiels, nous les conseillons sur le plan juridique grâce à notre avocate, Me Lise Bornes… Les parents se retrouvent souvent démunis, surtout dans des petites villes et villages où ils connaissent personnellement le maire et où l'omerta reste particulièrement forte.
Un rapport sans suite immédiate
En 2015, un rapport de l'Inspection générale intitulé « Mission de prévention, de signalement et de traitement des risques d'infraction sexuelle sur des mineurs par des agents de la Ville et du département » a été publié, contenant 50 recommandations précises. Quelles ont été les suites concrètes de ce document important ?
C'était un très bon rapport qui n'a malheureusement pas été suivi d'effets concrets pendant de nombreuses années. Enfin, pas avant novembre 2025, date à laquelle de petites mesures ont commencé à être timidement mises en place. Comme la suspension immédiate en cas de suspicion de violences sexuelles qui était franchement aléatoire auparavant, ou la formation des agents aux signaux faibles permettant de détecter les situations à risque… Deux jours de formation ont été également mis en place depuis janvier 2026, spécifiquement pour les vacataires. Sachant qu'avant cette date, ils n'avaient absolument aucune formation préalable… Ce n'est évidemment pas suffisant, nous demandons une véritable professionnalisation de ces encadrants essentiels.
Les limites des contrôles existants
Pierre-Yves Bournazel proposait de systématiser les contrôles des casiers judiciaires des animateurs, cette procédure n'est-elle pas déjà en vigueur actuellement ?
C'est déjà en place à Paris, c'est une obligation légale pour tous les animateurs du périscolaire parisien qui dépendent de la Jeunesse et des Sports, ce qui n'est malheureusement pas le cas sur l'ensemble du territoire national. On consulte systématiquement le bulletin numéro 2 du casier judiciaire, le fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes (FIJAISV) ainsi que la liste des cadres interdits administrativement (Cadint), c'est automatique via un logiciel dédié. Mais ces contrôles, aussi nécessaires soient-ils, n'empêchent pas totalement les violences. Les procès et les condamnations restent encore trop rares dans les cas de violences sexuelles sur les enfants, ce qui constitue un véritable problème systémique.



