Un sondage ministériel sur l'antisémitisme dans les universités suscite la polémique
Le ministère de l'Enseignement supérieur se retrouve au cœur d'une controverse après avoir commandé un sondage sur l'antisémitisme dans le monde universitaire. Cette enquête, confiée au Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po) et à l'institut Ifop, a finalement été retirée le mardi 2 décembre 2025 face aux vives critiques de la communauté académique.
Une méthodologie contestée et des questions sensibles
Le sondage de 44 pages, auto-administré en ligne, comportait des éléments particulièrement problématiques selon les enseignants-chercheurs et les syndicats. Les répondants devaient notamment classer de "tout à fait vraie" à "tout à fait fausse" certaines affirmations comme "globalement les juifs sont plus riches que la moyenne des Français".
De plus, le questionnaire demandait des informations personnelles détaillées : âge, genre, région, type d'établissement, fonctions et positionnement sur le spectre politique. Ces éléments ont soulevé de sérieuses inquiétudes quant à la protection de l'anonymat des participants.
Le recours au Conseil d'État et le refus des présidents d'universités
La situation a pris une tournure juridique lorsque la FSU, la Ligue des droits de l'homme et six enseignants-chercheurs ont déposé un recours en urgence devant le Conseil d'État. Ils demandaient l'interruption immédiate des opérations de sondage, mettant en cause la méthodologie employée.
Parallèlement, de nombreux présidents d'universités ont refusé de diffuser le questionnaire à leurs personnels, malgré la demande formelle du ministère datée du 18 novembre. Cette double opposition a considérablement fragilisé la légitimité de l'enquête.
L'interruption officielle et les questions en suspens
Face à cette contestation croissante, le Cevipof et l'Ifop ont annoncé l'interruption de l'enquête "dans sa forme initiale". Dans leur communiqué, ils invoquent que "les conditions de sérénité et donc de participation suffisante n'étant plus réunies malgré l'importance du sujet".
Me Marion Ogier, avocate des requérants, a cependant souligné des points préoccupants : "Le lien est désactivé mais il n'y a pas d'annonce formelle du ministre comme quoi il a abandonné le recours au questionnaire". Elle a également évoqué "le sort des données déjà collectées, qui permettent d'identifier ceux qui ont répondu et leurs opinions politiques et religieuses".
Les défenseurs de l'enquête et les perspectives d'avenir
Le Cevipof avait pourtant défendu sa méthodologie, assurant que "toutes les garanties" avaient été mises en place "pour préserver l'anonymat des répondants". Le ministère, quant à lui, justifiait cette initiative par la nécessité de "mieux documenter les expériences et perceptions des personnels sur les actes antisémites dans l'enseignement supérieur".
Cette affaire révèle les tensions entre la volonté politique de mesurer un phénomène sensible et les exigences méthodologiques et éthiques de la recherche universitaire. Elle pose également la question de la manière dont les pouvoirs publics peuvent aborder des sujets aussi complexes sans susciter la méfiance des acteurs concernés.



