Première rentrée en Occitanie : ces enseignants qui bravent la crise d'attractivité
Première rentrée en Occitanie : enseignants contre la crise

Première rentrée en Occitanie : ces enseignants qui bravent la crise d'attractivité

Alors que la profession enseignante traverse une profonde crise d'attractivité, marquée par des difficultés de recrutement et des conditions de travail souvent décriées, qui sont ceux qui choisissent malgré tout d'embrasser cette carrière exigeante ? En Occitanie, à quelques heures de leur première rentrée, des professeurs stagiaires du Gard et de l'Hérault se préparent à franchir le pas, aussi nerveux que des élèves de CP découvrant un nouveau monde.

Des vocations précoces et des reconversions tardives

Ces nouveaux enseignants représentent les visages diversifiés de l'éducation contemporaine. Certains suivent une vocation tracée depuis l'enfance, tandis que d'autres opèrent des reconversions professionnelles surprenantes, allant à contre-courant des statistiques alarmantes sur l'attractivité du métier.

Christophe Valentin, affecté comme professeur de SVT dans un collège nîmois, explique son choix : "J'ai toujours eu cette passion pour l'enseignement parce que je suis fondamentalement altruiste. J'aime rendre service aux autres, que ce soit pour la compréhension des cours ou dans la vie quotidienne." Malgré les discours récurrents sur les bas salaires, le manque de respect et les injonctions ministérielles, Christophe affirme avoir vu dans ces difficultés une raison supplémentaire de s'engager : "Je me suis dit au contraire qu'il y avait besoin d'enseignants."

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Antoine Carlier, nouveau professeur d'EPS au collège Paul-Valéry de Roquemaure, partage cette vocation précoce : "C'est quelque chose que je veux faire depuis que je suis en 6e. J'ai toujours eu des professeurs d'EPS qui m'ont passionné. J'adore le sport et transmettre des connaissances aux autres." Il reconnaît cependant que, après cinq années d'études, une rémunération plus attractive serait la bienvenue.

Retour aux sources professionnelles

D'autres enseignants stagiaires découvrent ou redécouvrent cette vocation plus tardivement, à l'image de Typhanie Gallibert. À 40 ans, cette ancienne architecte d'intérieur devenue pâtissière revient à ses premiers amours en tant que professeure d'arts plastiques au collège de Bouillargues dans le Gard. "J'avais fait le tour de mes précédents métiers. Je voulais passer à autre chose, revenir à mes fondamentaux." Après dix années d'activité indépendante avec des hauts et des bas financiers, elle apprécie désormais la stabilité offerte par la fonction publique.

Marie Hernandez, future professeure de SVT dans les collèges de Quissac et Saint-Hippolyte-du-Fort, suit un parcours similaire. Cette ingénieure territoriale de 38 ans, spécialisée dans la gestion des ressources en eau sur le bassin-versant du Vidourle, a bénéficié d'un détachement dans la fonction publique pour accéder à l'enseignement sans concours. "En tant que doctorante dans le domaine de l'eau, j'avais déjà enseigné à des étudiants en licence et master. Cela m'avait donné l'envie de transmettre et d'enseigner." Elle voit dans cette reconversion une opportunité de "partager mes connaissances et former des jeunes" tout en conservant son salaire et en gagnant une nouvelle expérience professionnelle.

La formation : un accompagnement essentiel mais limité

Le passage du rêve à la réalité nécessite un accompagnement pédagogique. Marie Hernandez précise n'avoir bénéficié que de "onze jours de formation dans l'année", complétés par le soutien d'une tutrice qui l'a aidée à préparer ses cours. Laurenç Trichot, quant à lui, deviendra professeur stagiaire à mi-temps en histoire-géographie au collège Les Aiguerelles à Montpellier. Titulaire d'un Capes fraîchement obtenu, ce Catalan s'est tourné vers l'enseignement après des études d'archéologie aux débouchés incertains. "Dans le secteur de l'archéologie, il est difficile de trouver un poste stable avec des revenus décents. L'enseignement va m'apporter une expérience enrichissante et me permettra d'aider les élèves à devenir des citoyens. C'est important dans notre société."

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Tous ces nouveaux enseignants devront apprendre leur métier au quotidien, en espérant ne pas faire partie des 7% de professeurs stagiaires qui abandonnent dès la première année, selon les statistiques disponibles.

Une réforme pour répondre à la crise

Face à cette crise d'attractivité persistante, particulièrement marquée dans les matières techniques et scientifiques, le ministère de l'Éducation nationale a annoncé une mesure importante. Désormais, les étudiants pourront s'engager dans la voie de l'enseignement dès leur troisième année de licence, contre un niveau bac+5 auparavant. Une licence spécifique (licence LFP) préparera au professorat des écoles, et les lauréats du concours bénéficieront d'une formation statutaire rémunérée durant leurs deux années de master.

Dès cette rentrée 2025, des modules d'accompagnement de 60 heures seront proposés dans les universités pour préparer les étudiants à cette nouvelle voie d'accès. Le concours en master restera ouvert en 2026 et 2027, créant ainsi un double canal de recrutement pendant deux années. La rectrice de l'académie de Montpellier, Carole Drucker-Godard, a salué ces nouveaux enseignants lors de leur accueil : "Je les ai félicités d'avoir choisi cette voie et embrassé cette noble mission car c'est aussi une lourde responsabilité."

Ces professeurs stagiaires d'Occitanie, qu'ils suivent une vocation ancienne ou empruntent un nouveau chemin professionnel, incarnent l'espoir d'un système éducatif en quête de renouvellement et de stabilité.