Portables au collège : une mesure « en pause » faute de moyens
Annoncée comme une mesure phare pour lutter contre l'excès d'écrans chez les adolescents, la collecte des téléphones portables à l'entrée des collèges, dite « portable en pause », connaît un démarrage laborieux. Selon une enquête nationale du syndicat des chefs d'établissements (SNPDEN), moins de 10 % des collèges ont mis en place ce dispositif depuis la rentrée 2025.
Une généralisation qui patine
Expérimenté dans certains établissements lors de l'année scolaire 2024, le dispositif devait être « progressivement généralisé à l'ensemble des collèges publics à partir de cette rentrée 2025 et avant la fin de l'année civile 2025 », selon les termes du ministère de l'Éducation. Pourtant, trois semaines après la rentrée, la réalité est tout autre.
L'enquête révèle que 67 % des principaux indiquent qu'ils ne l'appliqueront pas, et 25 % avouent ne pas savoir comment faire. « Il y a un cruel manque de moyens financiers et de moyens humains pour la mettre en place », résume Florent Martin, proviseur au lycée d'Argelès-sur-Mer et secrétaire académique du SNPDEN.
Des obstacles logistiques et financiers
Concrètement, la mesure implique la collecte des portables des élèves à l'entrée de l'établissement et leur restitution en fin de journée. Cette procédure se heurte à plusieurs difficultés majeures :
- Coût élevé : l'achat de casiers pour stocker les téléphones se chiffre rapidement en centaines, voire milliers d'euros.
- Mobilisation du personnel : les agents affectés à cette tâche ne peuvent être dédiés à d'autres missions, comme l'encadrement des élèves.
- Responsabilité juridique : la gestion d'objets de valeur, parfois très chers, inquiète les équipes éducatives.
Florent Martin estime ainsi qu'on est sans doute « à moins de 9 % d'application de la mesure dans l'académie ». De plus, des disparités sont à craindre selon l'implication des départements, qui financent les collèges. « Nous n'avons pas de budget dédié pour ce type de mesure », précise Renaud Calvat, en charge des collèges au Département de l'Hérault.
Une mesure perçue comme superflue
Une majorité de chefs d'établissements considèrent que cette mesure n'apporte rien de plus au règlement existant depuis 2018, qui interdit déjà l'utilisation des téléphones portables à l'intérieur des collèges. « Cette règle de non-utilisation s'applique de plus en plus », confirme Florent Martin. « Les élèves doivent laisser leur téléphone dans leur sac pendant les cours et les temps d'interaction. »
Marie Nikichine, présidente de la FCPE de l'Hérault, partage ce scepticisme : « On s'attendait à ce que ce soit du vent, d'autant que les collèges n'ont pas du tout reçu d'instructions en plus des textes déjà existants. La mesure portable éteint dans le sac nous va bien. »
Pronote : une autre mesure à géométrie variable
Autre initiative annoncée pour favoriser le décrochage des écrans : la fermeture de Pronote le soir (de 20h à 7h) et les week-ends. Cet espace numérique de travail permet aux élèves et parents d'accéder aux notes et de dialoguer avec les enseignants.
Dans les faits, « chaque établissement a la main sur les paramétrages de Pronote », explique Florent Martin. « Pronote n'est pas ce qu'il y a de pire en matière d'addiction », commente Marie Nikichine, qui constate que « dans les faits l'accès est maintenu le soir dans beaucoup d'établissements. »
Face à ces difficultés, nombreux sont ceux qui estiment que les priorités éducatives devraient se concentrer ailleurs, comme le remplacement des enseignants manquants, plutôt que sur des mesures jugées peu pratiques et coûteuses.



