Une enquête interne dévoile l'ampleur des violences sexuelles à Polytechnique
L'École polytechnique, prestigieuse institution française, est secouée par la publication d'une enquête interne édifiante sur les violences sexuelles au sein de ses murs. Les résultats, rendus publics récemment, dressent un bilan catastrophique et alarmant pour cette école d'ingénieurs réputée.
Des chiffres accablants : un quart des étudiantes concernées
L'enquête, menée par l'établissement entre le 19 janvier et le 6 février 2022 avec la participation de 2 097 étudiants, soit un taux de réponse de 61%, révèle des données troublantes. Près d'une étudiante sur quatre, précisément 23,1%, affirme avoir subi une agression sexuelle depuis le début de sa scolarité à Polytechnique. Ces agressions incluent des attouchements non consentis sur les seins ou les fesses, ainsi que des situations où des étudiantes ont été "coincées" pour être embrassées de force.
Onze viols ou tentatives de viol recensés depuis 2018
L'enquête s'est particulièrement penchée sur les viols et tentatives de viol. À la question "Durant votre scolarité à l'École polytechnique, a-t-on essayé ou est-on parvenu à avoir un rapport sexuel avec vous contre votre gré ?", dix élèves ont répondu "oui, une fois" et une personne "oui, plusieurs fois". Cela représente onze cas de viols ou tentatives de viol répertoriés entre septembre 2018 et février 2022 dans l'établissement parisien. Parmi ces victimes, on compte un homme et dix femmes, les agresseurs étant systématiquement des hommes.
D'autres révélations inquiétantes : drogues et actes sexuels non consentis
Le rapport d'enquête ne se limite pas à ces chiffres. Il fait également état de trois jeunes ayant été drogués à leur insu lors d'une fête étudiante, une pratique particulièrement dangereuse. De plus, une quinzaine d'étudiants ont évoqué des "attouchements du sexe" forcés, tandis qu'une cinquantaine rapporte un "acte sexuel pratiqué alors que le consentement n'était pas plein et entier". Ces données soulignent une culture problématique au sein de l'école.
La réaction du directeur général : "choqué" et déterminé à agir
François Bouchet, directeur général de Polytechnique, s'est dit "choqué par les résultats" de l'enquête. Il a immédiatement pris des mesures en signalant les faits au procureur de la République de l'Essonne. "Nous faisons tout pour qu'il n'y ait plus jamais ce genre d'actes dans notre école", a-t-il déclaré, ajoutant : "Évidemment, nous souhaitons des suites judiciaires. Cependant, en l'état, nous ne pouvons que signaler des cas qui sont anonymes. Nous ne pouvons qu'encourager les victimes, et les témoins, à déclarer ce qu'elles ont vécu, ce qu'ils ont vu."
Des mesures concrètes annoncées par l'établissement
Face à cette situation, l'École polytechnique a annoncé la mise en place de "mesures conservatoires dès que possible" ainsi que de "sanctions disciplinaires" pour les auteurs identifiés. Ces actions visent à renforcer la sécurité et le bien-être des étudiants, tout en envoyant un message clair contre l'impunité. L'enquête, consultée par FranceInfo, sert de base à ces initiatives, mais la route vers un changement de culture reste longue.
Cette révélation intervient dans un contexte national de prise de conscience accrue sur les violences sexuelles dans l'enseignement supérieur, mettant en lumière des dysfonctionnements même au sein des institutions les plus prestigieuses. La transparence de Polytechnique, bien que tardive, pourrait inspirer d'autres établissements à mener des enquêtes similaires.



