Le plan "Terre d'ambitions" pour briser les déterminismes scolaires en Aquitaine
Plan "Terre d'ambitions" contre les inégalités scolaires en Aquitaine

Un classement des lycées qui révèle des paradoxes régionaux

Alors que Parcoursup entre dans une nouvelle phase après la clôture des vœux au 1er avril, la publication du classement des lycées 2026 constitue un moment médiatique fort, particulièrement scruté par les familles aux aspirations élitistes. Établi selon des critères précis incluant les résultats au baccalauréat, le pourcentage de mentions et l'accompagnement des élèves de la seconde à la terminale, ce classement met en lumière des réalités contrastées au sein de l'académie de Bordeaux.

Un paradoxe aquitain : réussite scolaire élevée mais ambitions limitées

L'analyse des indicateurs régionaux révèle une situation paradoxale. Si les lycéens aquitains affichent de meilleurs taux de réussite aux examens que la moyenne nationale (95,2% contre 93,9% pour le bac général et technologique en 2024, 88,2% contre 84,3% au brevet des collèges), leur accès à l'enseignement supérieur reste inférieur aux attentes. Cette tendance concerne aussi bien les grandes écoles que les universités, les BTS ou les IUT, traduisant un véritable manque d'ambition sur le territoire.

« Nous observons une forme de malthusianisme, une hésitation des élèves à postuler pour des formations en rapport avec leur niveau réel », souligne le recteur d'académie Jean-Marc Huart, qui pointe ce phénomène comme un défi majeur pour l'éducation régionale.

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Trois déterminismes à combattre

Les inégalités territoriales persistantes

Le classement met en évidence des disparités géographiques significatives au sein de la région. Dans les Pyrénées-Atlantiques, 72% des parents souhaitent orienter leur enfant vers un bac général et technologique, contre seulement 63,8% en Dordogne. « En fonction des territoires, les familles ne se projettent pas de la même façon vers les études supérieures », commente le recteur, ajoutant que le système éducatif lui-même contribue parfois à renforcer ces différences, notamment à travers les recommandations d'orientation des conseils de classe.

Les biais de genre défavorisant les filles

À l'échelle académique, les choix d'orientation demeurent plus genrés que la moyenne nationale, au détriment des jeunes filles. En terminale avec option mathématiques, l'écart est notable : 41,8% de filles au niveau national contre seulement 40% dans l'académie de Bordeaux. Cette réalité invite à une réflexion profonde sur l'égalité des chances entre les sexes dans l'orientation scolaire.

Les déterminismes sociaux

Au-delà des aspects territoriaux et genrés, les origines sociales continuent d'influencer fortement les parcours éducatifs. La composition sociale des établissements, prise en compte dans le classement, révèle des mécanismes de reproduction sociale qui limitent l'ambition des élèves issus de milieux moins favorisés.

Le plan "Terre d'ambitions" : une réponse concrète

Face à ces constats, le recteur Jean-Marc Huart a lancé le plan d'actions « Terre d'ambitions », défini comme une priorité académique majeure. « Notre mission consiste à assurer l'équité et l'égalité des chances, et donc à lutter contre ces déterminismes sociaux, territoriaux et de genre », affirme-t-il avec conviction.

Des actions ciblées et innovantes

L'impulsion se traduit par plusieurs initiatives concrètes :

  • Multiplication des classes à horaires aménagés maths-sciences avec une composition obligatoire de 50% de filles (quatre créées en 2025, quinze prévues pour la prochaine rentrée)
  • Actions de découverte des métiers et formations en lien avec le monde professionnel, les universités et les écoles d'ingénieurs
  • Formation complète des 1 300 professeurs principaux de troisième sur les questions d'orientation
  • Développement de formats de rencontres moins formelles avec les familles dans les centres sociaux et missions locales

Sandra Castay, conseillère du recteur, précise : « Enseignants et psychologues de l'Éducation nationale sont en première ligne avec les familles pour les aider à lever les freins, expliquer les différents programmes d'aide au logement et de bourses ».

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L'engagement des acteurs de terrain

À Saint-Paul-lès-Dax dans les Landes, Éric Loutoby, professeur agrégé de mathématiques au lycée Haroun-Tazieff, incarne cet engagement. Co-fondateur de l'antenne locale de la fédération « Des territoires aux grandes écoles », il lutte contre la fracture territoriale depuis 1998. « Les Landes sont isolées du tissu industriel, isolées de l'excellence aussi, et ce n'est pas non plus un département très riche, difficile donc d'être sur un pied d'égalité », explique-t-il.

Son association « Des Landes aux grandes écoles » multiplie les initiatives, notamment avec la création du groupe « Les Audacieuses » en terminale scientifique, qui encourage les jeunes filles à « oser » les mathématiques. « Dans les Landes, nous manquons de modèles féminins », constate le professeur, qui a activé le réseau « Elles bougent » et créé des passerelles avec les grandes écoles.

« Face aux ingénieures, les élèves comprennent que c'est possible pour elles aussi. Dans leurs yeux, l'étincelle s'allume », témoigne-t-il avec émotion, illustrant ainsi l'impact profond de ces actions sur la construction des ambitions scolaires.

Ce plan ambitieux représente donc une réponse structurée aux défis identifiés par le classement des lycées, visant à transformer durablement le paysage éducatif aquitain en brisant les déterminismes qui entravent l'égalité des chances.