L'absentéisme des professeurs explose : les parents d'élèves d'Occitanie obtiennent 10€ par heure de cours non remplacée
Le système éducatif français fait face à une crise sans précédent avec l'explosion de l'absentéisme des enseignants. En moyenne, une classe perd désormais 7,4% de son temps scolaire, selon les derniers chiffres alarmants. Cette situation a poussé des parents d'élèves d'Occitanie à se mobiliser pour obtenir réparation financière auprès de l'État.
15,6 millions d'heures d'enseignement perdues en France
Les chiffres sont édifiants : 15,6 millions d'heures d'enseignement ont été perdues au cours de cette année scolaire en raison du non-remplacement des professeurs absents. Depuis 2022, grâce à l'action du collectif #onveutdesprofs, l'État peut être condamné à indemniser les familles pour ces heures perdues.
Joyce Pitcher, avocate engagée dans cette bataille juridique, défend des parents au bout du rouleau. "140 heures de cours ont sauté depuis la rentrée 2024, à peu près dans toutes les matières", témoigne Pierre, un parent qui a déposé une requête auprès du tribunal administratif de Montpellier.
Un système d'indemnisation qui se structure
Le collectif #onveutdesprofs permet désormais aux parents de réclamer 10€ par heure de cours non dispensée au collège ou au lycée, et 50€ par journée d'absence non remplacée en maternelle et primaire. À cette indemnisation s'ajoute jusqu'à 500€ au titre du préjudice moral subi par les familles.
500 demandes d'indemnisation ont déjà été déposées devant les tribunaux, réparties dans 25 académies différentes. "300 demandes supplémentaires sont en cours de finalisation", précise Joyce Pitcher, qui exerce à Paris mais réside à Montpellier.
L'Occitanie particulièrement touchée
La région Occitanie apparaît comme l'une des plus affectées par ce phénomène. Le collège Camille Claudel de Montpellier enregistre des pertes conséquentes : 14 heures d'histoire, 24 heures d'anglais, 24 heures de langues étrangères, 24 heures de mathématiques, 16 heures de français et 16 heures d'EPS.
Cette situation n'est malheureusement pas isolée. De nombreux établissements de la région sont concernés, avec des situations critiques signalées à :
- Coursan
- Calvisson
- Bagnols-sur-Cèze
- Nîmes
- Castelnau-le-Lez
- Maraussan
Une pénurie de professeurs qui s'aggrave
La racine du problème réside dans une pénurie de professeurs qui devient systémique. Les chiffres 2025 du CAPES externe sont particulièrement inquiétants : on compte seulement un admissible en moyenne pour un poste ouvert. "Il n'y a que 6 987 admissibles en 2025 contre 7 190 en 2024, soit une baisse de 3%", déplore le syndicat SNES-FSU.
Le positionnement du concours à bac+5 a fait perdre 45% de candidats au concours de professeurs des écoles. Résultat : sur 16 000 postes ouverts, près de 3 000 sont restés vacants en 2024.
Des absences qui s'accumulent
Selon un rapport de la Commission des finances du Sénat remis par le sénateur Olivier Paccaud (LR) le 11 juin 2025, le nombre d'absences non remplacées a augmenté de 93,2% dans le second degré entre 2018 et 2024. Le taux d'efficacité du remplacement pour les congés maladie "ordinaires" n'est que de 10%, contre 95% pour les longues maladies.
La jurisprudence commence à se stabiliser autour d'un seuil de 50 heures non assurées dans l'année pour envisager une indemnisation. Des décisions favorables aux parents ont déjà été rendues dans plusieurs villes françaises :
- Lyon
- Nice
- Bordeaux
- Montpellier
- Toulouse
- Orléans
Des conséquences dramatiques sur l'apprentissage
Les répercussions sur l'éducation des élèves sont préoccupantes. "À Lyon, une classe de 5e a perdu 45 heures de Français, soit un tiers du programme de l'année", illustre l'avocate. Le risque à moyen terme est un effondrement du socle des connaissances fondamentales.
Certaines situations sont particulièrement alarmantes. En Seine-Saint-Denis, l'accumulation des heures perdues du collège au lycée équivaut à une année scolaire complète. Ailleurs, l'absence d'une enseignante de spécialité en terminale, pourtant prévisible puisqu'elle était enceinte, n'a pas été anticipée.
Une mobilisation qui s'amplifie
Face à cette situation, de plus en plus de familles s'organisent et déposent des recours via la plateforme justice.cool. "Le litige est financé par une société en qualité de tiers financeur ou par les protections juridiques des demandeurs", explique Joyce Pitcher. En cas de succès, 24% des sommes obtenues sont retenues pour couvrir les frais.
Pierre, le parent montpelliérain, espère voir sa requête aboutir : "Non pas pour incriminer les profs, ni même le collège, ou pour obtenir de l'argent, mais pour faire bouger les choses". Il pourrait obtenir jusqu'à 2 000€ d'indemnisation.
"Ce n'est pas aux familles de subir les conséquences d'un défaut d'organisation de l'État", conclut l'avocate, tandis que le mouvement d'indemnisation continue de prendre de l'ampleur à travers toute la France.



