Parcoursup : algorithmes et larmes, le calvaire des lycéens face aux refus
Parcoursup : algorithmes et larmes, le calvaire des lycéens

Parcoursup : quand l'algorithme brise les rêves des lycéens

Alors que les épreuves du baccalauréat battent leur plein, une autre angoisse ronge les lycéens : les résultats de Parcoursup. Depuis le 2 juin, la plateforme d'orientation dans l'enseignement supérieur délivre ses verdicts, souvent décevants. Acceptations dans le dernier choix, places sur des listes d'attente qui n'avancent pas, ou pire, refus généralisés. Pour beaucoup d'adolescents, c'est le choc.

Des vies résumées en 1 500 caractères

"Dire à un algorithme ce que j'ai envie de faire de ma vie, et résumer mes rêves en 1 500 caractères et 250 mots maximum, c'est dégoûtant", confie Gaël, candidat sur la plateforme. Comme lui, des milliers de jeunes ont pourtant scrupuleusement suivi toutes les étapes depuis l'ouverture des inscriptions en janvier jusqu'à leur clôture en avril. La phase d'admission, qui s'étend jusqu'au 10 juillet, s'annonce déjà douloureuse.

Margaux, dont tous les vœux sont "en attente", témoigne du changement d'époque : "Avant on pleurait parce qu'on n'avait pas le bac, maintenant, c'est parce qu'on est recalé sur Parcoursup. Le bac, c'est une formalité !"

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L'opacité des algorithmes de sélection

Le cas d'Anaïs Jan illustre l'incompréhension qui règne : "Je n'ai qu'un seul vœu, celui d'intégrer l'école d'architecture de Rouen. J'ai été acceptée à Hanoï au Vietnam, car cette école est partenaire de celle de Rouen, où je suis désormais en queue de liste d'attente ! Parcoursup reste un mystère pour moi."

Plus grave encore, des inégalités flagrantes apparaissent dans le traitement des dossiers. Sylvie*, représentante FCPE au lycée agricole Frédéric Bazille de Montpellier, dénonce une situation "profondément injuste". Les élèves ayant suivi la spécialité "biologie-écologie" - pourtant rigoureusement équivalente à la spécialité "SVT" - se retrouvent lourdement pénalisés dans les filières de biologie, santé ou paramédical.

"Un grand nombre d'entre eux, souvent les plus brillants du lycée, se retrouvent refusés partout ou relégués loin sur les listes d'attente, alors que d'autres, ayant choisi SVT et moins performants, ont été admis directement dans les mêmes formations", explique-t-elle.

Des parcours semés d'embûches

Maïa en fait les frais : elle est "en liste d'attente au rang 251" pour la licence SVSE de l'université de Montpellier. La raison ? "Certaines formations appliquent un coefficient plus faible à biologie-écologie par rapport à SVT dans les algorithmes de sélection". Pire, l'IUT aurait "carrément oublié de coefficienter la spécialité", évinçant de fait les candidats "bio-éco".

Julien, lui, n'a été accepté que dans son vœu "de secours" en information-communication, alors qu'il visait la science politique où il est classé 3790e malgré une moyenne de 14. "Être trié par un algorithme qui ne prend pas en compte des critères comme le travail fourni, les difficultés de chacun, c'est dur", confie le jeune homme, "totalement perdu".

Des conséquences concrètes et durables

Pour Margaux, le rêve de devenir avocate en droit pénal se transforme en cauchemar : "Tous mes vœux sont en attente avec 3 000 candidats devant moi. Je vérifie tous les matins si ma place dans la liste d'attente a progressé." Reçue à Toulouse, elle voit ses envies "d'ailleurs" s'envoler, compliquant considérablement son organisation logistique.

Carla, qui veut devenir infirmière, a essuyé 65 refus sur 65 demandes en IFSI, malgré un bac pro ASSP obtenu avec mention en 2024. Sa mère Catherine s'indigne : "Une belle hypocrisie ce Parcoursup, valable uniquement pour les bacs généraux, et aux familles aisées pouvant improviser des dépenses conséquentes de dernière minute."

Un stress incompatible avec les épreuves du bac

Dounia, parente d'élève, s'inquiète : "Il est inquiétant de voir des lycéens stressés et dans l'incompréhension des résultats de Parcoursup alors qu'ils devraient être focalisés sur les épreuves du baccalauréat."

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L'été s'annonce long pour les déçus de la plateforme, qui devront attendre septembre dans l'espoir de voir "au moins" l'un de leurs vœux exaucés. Derrière les chiffres et les algorithmes, ce sont des parcours de vie qui se jouent, souvent dans la détresse et l'incompréhension.