Mobilisation contre les fermetures de classes à Bordeaux avant une réunion cruciale
À la veille d'une réunion décisive concernant les effectifs d'enseignants pour la prochaine rentrée scolaire, une soixantaine de personnes s'est rassemblée ce mercredi 25 mars devant l'Inspection d'académie de Bordeaux. Cette manifestation visait à dénoncer les fermetures de classes annoncées, que les protestataires estiment préjudiciables au bien-être des élèves et à la qualité de l'enseignement public.
Un refus catégorique des fermetures annoncées
Représentants syndicaux, professeurs des écoles, parents d'élèves et quelques élus locaux sont venus exprimer leur opposition ferme au directeur des Services départementaux de l'Éducation nationale. Ils refusent de voir se concrétiser à la rentrée prochaine la fermeture de 150 classes dans le premier degré, même si cette mesure serait partiellement compensée par l'ouverture de 55 classes ailleurs dans le département.
« Nous ne contestons pas la baisse démographique », reconnaît Samantha Fitte, cosecrétaire départementale du SNES FSU. « Mais moins d'élèves, ce doit être une opportunité de faire mieux, pas une justification pour réduire les moyens. »
Une audience limitée et des inquiétudes concrètes
Cette action de mobilisation intervient alors que des groupes de travail doivent se réunir ce jeudi 26 mars pour entériner la prochaine carte scolaire. Une dizaine d'écoles élémentaires espéraient pouvoir être reçues à l'Inspection d'académie pour défendre leurs spécificités et plaider contre les fermetures prévues. Cependant, seuls les représentants des organisations syndicales et d'une association de parents d'élèves ont finalement eu accès à l'audience organisée en début d'après-midi.
Julie et Émie, membres de l'association des parents d'élèves de La Brède, se sont déplacées à Bordeaux pour remettre à l'inspecteur d'académie une pétition recueillant plus d'un millier de signatures. Malgré cette démarche, aucune annonce concrète n'a suivi la rencontre.
Des situations locales préoccupantes
À La Brède, la mobilisation est particulièrement forte pour sauver une classe menacée de fermeture. La situation apparaît d'autant plus incompréhensible aux parents que « les projections tablent pour la rentrée sur 208 élèves », avec des effectifs en augmentation constante depuis deux ans. L'école accueille par ailleurs 14 enfants dans le dispositif inclusif Ulis, alors que la norme recommande de ne pas dépasser 12 élèves.
Denis Delgado, enseignant à La Brède, exprime son inquiétude : « Nous risquons de voir les classes de cycle 3 (CM1 et CM2) devenir très chargées, ce qui ne permettra pas la réussite de tous les élèves. »
L'école n'est pas un coût mais un investissement
Christophe Otharan, responsable du pôle premier degré à la CGT Éduc'action 33, affirme avoir « dénoncé le choix de l'austérité pour les services publics » lors de l'audience. Il appelle chacun « à poursuivre la mobilisation, la seule façon de faire bouger les choses » et à faire comprendre que « l'école n'est pas un coût, mais un investissement pour l'avenir de nos enfants ».
Cette position est partagée par de nombreux parents, dont une mère de famille qui déclare : « L'encadrement de nos enfants et leur bien-être ne peuvent répondre à une simple logique comptable. »
Des inégalités territoriales accentuées
L'école du Point-du-Jour à Bordeaux illustre une autre problématique. Vincent Maurin, conseiller départemental du canton nord de Bordeaux, explique : « Si une classe ferme, la directrice perdra sa décharge de direction. Or, cette école est classée en REP+ (Réseau d'éducation prioritaire renforcé) avec l'Indice de position sociale (IPS) le plus bas de toute la Gironde. »
L'IPS étant un outil de mesure quantitatif de la situation sociale des élèves face aux apprentissages, cette fermeture risquerait d'aggraver les difficultés dans un établissement déjà confronté à des défis importants.
Une nouvelle manifestation annoncée
Face à ces préoccupations, les représentants syndicaux appellent « à maintenir la mobilisation pour un choix de société qui ne doit pas se faire au détriment des enfants ». Une nouvelle manifestation est d'ores et déjà annoncée devant la Direction des services départementaux de l'Éducation nationale ce jeudi 26 mars, jour même de la réunion des groupes de travail sur la carte scolaire.
Les élus de La Brède tentent également de faire valoir la création en cours d'un lotissement qui amènera inévitablement de nouveaux élèves dans les années à venir, mais « nous n'avons pour l'instant pas de rendez-vous pour en discuter », déplorent-ils.



