Les femmes françaises sous l'Occupation : une histoire longtemps occultée enfin révélée
Les femmes françaises sous l'Occupation : une histoire révélée

Les femmes françaises sous l'Occupation : une histoire longtemps occultée enfin révélée

Des grandes résistantes héroïques aux femmes de l'ombre, des collaboratrices aux Juives persécutées, le genre féminin a trouvé tardivement sa place dans l'historiographie de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, une synthèse complète manquait pour retracer le destin complexe de ces 20 millions de Françaises, aborder la diversité de leurs parcours et les replacer dans le contexte de la législation et de l'idéologie mises en place par le régime de Pétain.

La vie quotidienne bouleversée

La vie des femmes françaises a été totalement bouleversée par la guerre, explique l'historien Éric Alary dans son nouvel ouvrage « Les Femmes sous l'Occupation ». Elles ont dû assumer les effets d'une foule de restrictions quotidiennes, avec des millions d'hommes prisonniers ou partis travailler en Allemagne dans le cadre du STO. Les femmes de prisonniers se retrouvent brutalement cheffes de famille, sans y être préparées, dans une société profondément patriarcale.

Le régime de Vichy, qui voulait fonder une France « virile », a multiplié les mesures antiféministes. Les femmes subissent beaucoup et doivent assurer la survie des familles tout en ne cessant d'être culpabilisées par les hommes au pouvoir. Elles ont assuré majoritairement la survie du pays, toujours à la pointe du système D, s'adaptant sans cesse et supportant la présence allemande tout autant que les mesures humiliantes et répressives.

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Les épreuves les plus difficiles

Le plus difficile a été le froid et la recherche permanente de nourriture, particulièrement en ville. Le rationnement a été très mal vécu, avec des heures interminables à attendre quelques grammes de pain, de pâtes ou de sucre devant des épiceries prises d'assaut dès l'aube. Pour les épouses des prisonniers de guerre, la solitude face à l'éducation des enfants, conjuguée à l'absence de revenus, a été terrible.

Les répressions effraient toutes les femmes, quelle que soit leur condition sociale ou leur région d'origine. Plus particulièrement, les femmes juives et tsiganes ont vécu dans une angoisse folle, avec la peur constante des rafles et des déportations. La peur des viols et des violences par des soldats a été omniprésente, que ce soit lors de l'invasion allemande en 1940 ou pendant les débarquements alliés.

Échapper au discours pétainiste

Le discours pétainiste a voulu confiner les femmes exclusivement au foyer pour élever les enfants et s'occuper des parents âgés. Le corps féminin a été placé sous contrôle politique, écrasé par la Révolution nationale et son slogan « Travail, famille, patrie ». Pourtant, la femme a pu lire pour s'évader, aider des résistants ou devenir elle-même résistante.

Certaines ont imprimé et caché des tracts, distribué des documents clandestins ou caché des enfants juifs. La sphère privée devient alors un lieu de riposte et de résistance. Plusieurs milliers de femmes convoient des armes, du courrier et des individus à travers les lignes de démarcation et les frontières. Des solidarités féminines se créent, certaines femmes travaillant à l'extérieur malgré les injonctions contraires du régime de Vichy.

Différences sociales et militarisation

Les différences selon les classes sociales touchent surtout la possibilité de se nourrir mieux. Les citadines aisées ont plus de moyens pour trouver des aliments sur les marchés ou par le marché noir, tandis que les ouvrières et employées des villes ont été frappées plus durement par les pénuries. Dans le monde rural, les femmes peuvent cultiver un potager quelle que soit leur condition sociale.

L'image traditionnelle d'une Résistance majoritairement masculine cache pourtant une réalité plus complexe. L'année 1943-1944 voit une croissance plus forte de l'armement de femmes résistantes. Des centaines de femmes ont pris les armes en métropole, dans les colonies, dans les rangs de la France libre ou parmi les FFI. Environ 15 000 femmes se sont militarisées, un chiffre qui surprend au regard de nos représentations habituelles.

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Comparaison avec la Première Guerre mondiale

La première grande différence avec la Première Guerre mondiale est que seule une toute partie de la France a été occupée pendant la Grande Guerre et que les combats ne se sont pas arrêtés au bout de dix semaines. Les femmes de 14-18 ont certes endossé beaucoup de responsabilités, mais elles ont peu souffert du rationnement ou de mesures racistes et antisémites.

Après 1918, les Françaises n'obtiennent aucun droit politique et sont sommées de regagner leur foyer. En 1944, elles obtiennent le droit d'être électrices et éligibles, une mutation politique fondamentale. Pourtant, les conservatismes ont la vie dure pour les femmes de France après la guerre, et il faudra attendre les années 1960 pour entamer un tournant sensible vers l'émancipation.

Éric Alary, spécialiste de l'histoire de la vie quotidienne, termine ainsi en beauté sa trilogie sur le quotidien durant les années sombres, après « Les Français au quotidien 1939-1949 » et « L'Exode ». Son travail met enfin en lumière la complexité et la diversité des expériences féminines pendant cette période cruciale de l'histoire française.