Le 14 mai 1983, le tableau noir ouvert, la poussière de la craie, les grandes cartes murales qui racontaient la géographie du monde, les graffitis gravés à la pointe du compas dans les pupitres de bois, le professeur qui interrogeait, répétait, expliquait ou se fâchait : tout cela appartiendrait bientôt au passé. À quelle sauce l’école de l’an 2000 allait-elle être accommodée ? Les ordinateurs de la Foire de Bordeaux connaissaient la réponse.
La classe de l'an 2000
Si l’on en croit « la classe de l’an 2000 » présentée à l’entrée de la Foire, les pupitres vidéo et les consoles TV domineraient le monde de l’éducation. Tout serait dans la touche. L’exposition, réalisée avec la participation de l’Agence de l’informatique, avait banni le tableau noir, la craie et le stylo pour leur substituer l’écran, le crayon optique et le clavier. Les écoliers de l’an 1950 n’y comprenaient goutte. Où était le parfum de l’encre violette, le papier buvard et la sergent-major des pleins et des déliés ? L’aisance des enfants devant les pupitres vidéo les agaçait un brin. « Allez, touche pas à ça, on s’en va. Tu t’en paieras un quand tu seras riche. »
Le mot de passe
Maladroits, nous le sommes tous pour peu que l’an 2000 nous attende au coin de la retraite. On ne se fait pas facilement à l’idée d’être enseigné par son propre enfant, quand on lui corrige encore les fautes d’orthographe. La grammaire, il lui fait des pieds de nez. Pas besoin du plus-que-parfait pour dialoguer avec l’ordinateur. « Je frappe mon mot de passe et j’envoie… » Et l’ordinateur, docile, répond, souligne l’erreur sans colère, repose la question, reste cool. Les places sont chères devant les consoles. Pas d’école buissonnière en l’an 2000 ? Peut-être. Il est vrai que les chemins creux n’existeront plus. Les jours de grande paresse, on ferait sauter les plombs et on enverrait promener la télé-écriture. Les mauvais élèves se connecteraient sur les jeux. Atari aurait fait des petits, n’en doutons pas.
Des logiciels abusifs
Pour l’instant, Peggy (6 ans) dessine avec son crayon optique. Elle a choisi une composition au carré et change de couleur sans arrêt. Elle hésite encore entre la boîte de crayons de couleur et ce stylo magique. « Je ne sais pas ce que je préfère. » Tu as le temps de réfléchir, Peggy. Les tableaux noirs colorés à l’informatique, ce n’est pas pour demain dans tous les cours préparatoires de France… Et en l’an 2000, tu auras 23 ans. Au mois de mai, le printemps sera peut-être chaud et tu manifesteras contre des logiciels abusifs. À cette époque-là, les C.R.S. se déplaceraient en apesanteur. Ce n’est pas pour demain dans toutes les compagnies d’intervention de France…
Tête bien faite
En l’an 2000, plus de composition, de dictionnaire, de directeur. Mais l’abréviation resterait reine. Les élèves diraient : « Connex, répet, correc, imprim, clignot, annul, somm… » Ça vous effraie ? Vous oubliez que votre voiture obéissante fonctionnerait à la voix, que votre courrier vous parviendrait après tri fluidique et que le repas du soir aurait été préparé après programmation sur écran TV du menu en fonction du contenu du réfrigérateur… On promettait aux élèves de l’an 2000 une tête bien faite, les ordinateurs se chargeant de l’avoir bien pleine. Ne perdons pas de temps et commençons au Parc des expositions à « apprendre à apprendre ».



