Lecture en chute libre chez les jeunes : le plan décennal des États généraux pour redonner le goût des livres
Jeunes et lecture : un plan sur 10 ans face à la domination des écrans

Lecture en chute libre chez les jeunes : le plan décennal des États généraux pour redonner le goût des livres

Le livre ne cesse de perdre du terrain face aux écrans dans les loisirs et le quotidien des enfants et adolescents. Un constat alarmant qui a conduit les ministères de l'Éducation et de la Culture à lancer les États généraux de la lecture, dont le rapport a été dévoilé ce lundi 1er décembre. Cette consultation d'une ampleur inédite, lancée le 3 juillet 2025, a mobilisé 36 000 participants en France, dont 6 000 jeunes, associant l'ensemble des acteurs du livre, de l'éducation et de l'enfance.

Un déséquilibre inquiétant entre écrans et livres

Les chiffres révèlent une réalité préoccupante : les 7-19 ans passent en moyenne seulement 19 minutes à lire quotidiennement, contre plus de trois heures sur les écrans, soit un rapport de un à dix. Ces données proviennent du baromètre bisannuel réalisé par Ipsos pour le Centre national du livre. Plus inquiétant encore, 20% des jeunes, dont 38% des 16-19 ans, ne lisent pas du tout dans leurs loisirs.

"La chute de la lecture n'est pas une fatalité, mais il y a urgence à agir car le constat de la désaffection est indiscutable", a affirmé le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, lors du Salon du livre de jeunesse de Montreuil, en Seine-Saint-Denis.

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Les causes profondes de cette désaffection

Les consultations menées dans le cadre des États généraux ont permis d'identifier plusieurs facteurs expliquant cette désaffection progressive pour la lecture :

  • Des difficultés cognitives à bien comprendre les textes chez certains jeunes
  • L'exemple parental, avec des parents passant eux-mêmes beaucoup de temps sur les écrans
  • Un manque de diversité dans les lectures conseillées aux jeunes
  • Une image dévalorisée de la lecture, véhiculée notamment par les réseaux sociaux

Régine Hatchondo, présidente du Centre national du livre, explique sur France Info : "Les jeunes évoquent leurs difficultés cognitives à bien comprendre la lecture, le fait que leurs parents passent beaucoup de temps sur les écrans mais aussi leur envie d'avoir une plus grande diversité de choix dans les lectures qui leur sont conseillées."

Un plan ambitieux sur dix ans

Les travaux, pilotés par Nicolas Georges, directeur du Livre et de la Lecture au ministère de la Culture, ont impliqué chercheurs, éditeurs, professeurs, écrivains et professionnels du livre. Ils aboutissent à une feuille de route pour les dix prochaines années, articulée autour de plusieurs axes majeurs :

  1. Intervention précoce : Commencer l'initiation à la lecture dès le plus jeune âge, idéalement entre 3 et 4 mois selon les recommandations pédiatriques
  2. Régulation des écrans : Rééquilibrer la place des écrans dans la vie quotidienne des jeunes
  3. Rituels quotidiens : Développer des habitudes de lecture en famille et en classe
  4. Massification : Assurer une présence continue du livre dans la vie des jeunes de 0 à 18 ans

Des investissements déjà significatifs

Le rapport souligne que les investissements en faveur de la lecture sont déjà importants en France, avec 300 associations accompagnées par les Directions régionales des affaires culturelles (DRAC) et 1,6 milliard d'euros consacrés par les collectivités à la construction ou rénovation des 16 000 bibliothèques et médiathèques du territoire. Il s'agit de la première dépense culturelle des communes et départements.

Régine Hatchondo insiste sur l'importance de la régulation des écrans : "La facilité avec laquelle on est sur les réseaux sociaux comparée à la concentration nécessaire à la compréhension d'un texte abîme la relation au livre et empêche l'installation d'un temps long."

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Un défi collectif pour l'avenir

Le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, conclut : "Remettre le livre au cœur du quotidien de chaque enfant face à la puissance d'attraction du numérique est un défi immense mais une responsabilité collective pour la réussite de tous." Les États généraux de la lecture représentent ainsi une réponse structurée et ambitieuse à un enjeu crucial pour l'éducation et la culture des jeunes générations.

Les consultations ont également confirmé une appétence assez solide pour la lecture jusqu'au collège, suivie d'un effondrement particulièrement marqué chez les garçons et à partir de la classe de quatrième. Ce plan décennal vise donc à enrayer cette tendance préoccupante et à réhabiliter durablement la lecture comme source de plaisir et d'épanouissement personnel.