L'indonésien, une langue rare enseignée à La Rochelle face à un avenir incertain
Seuls deux établissements en France proposent l'apprentissage de l'indonésien. À l'université de La Rochelle, cette formation singulière attire des étudiants curieux de s'ouvrir à un pays en pleine ascension sur la scène internationale. « Tu peux me dire une phrase en indonésien ? » Dès qu'Aliana aborde l'objet de ses études, elle suscite un mélange de surprise et de curiosité.
Une formation unique en son genre
Depuis trois ans, elle fait partie des étudiants ayant choisi la licence LEA Anglais-Indonésien à l'université de La Rochelle. Le cursus se démarque par sa singularité. En France, les opportunités pour apprendre cette langue sont restreintes. Avec l'établissement rochelais, seul l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), à Paris, propose cet enseignement.
L'université de La Rochelle lance ce programme d'étude dès son ouverture, en 1997. À travers cette initiative, l'objectif est de changer le regard porté sur l'Indonésie. « Elle a trop souvent été associée aux catastrophes naturelles », déplore l'ancienne directrice d'étude de la filière, Chandra Nuraini. « Depuis presque trente ans, on essaie de transmettre aux étudiants toute la diversité culturelle propre au pays, mais aussi son importance sur la scène internationale. »
L'Indonésie, une puissance montante
Aujourd'hui, l'Indonésie fait figure de puissance incontournable. Elle est la première puissance d'Asie du Sud-Est. En quelques années seulement, le pays est parvenu à développer une influence significative dans les relations internationales.
Avec ses 17 000 îles et ses 280 millions d'habitants, il constitue le plus grand archipel du monde et le quatrième pays le plus peuplé de la planète. L'Indonésie a également la plus grande population musulmane du globe et exerce une large influence dans le monde musulman.
Une évolution économique spectaculaire
Concernant l'économie, son évolution a également été considérable. En vingt ans, son produit intérieur brut (PIB) a été multiplié par dix, passant de 165 milliards de dollars en 2000 à près de 1 400 milliards de dollars en 2024. Une dynamique dont la France a récemment profité.
En 2021, les deux pays ont multiplié les contrats commerciaux, approfondissant également leur partenariat stratégique signé dix ans plus tôt. Symbole de ce rapprochement, le président indonésien Prabowo Subianto était l'invité d'honneur au défilé du 14 juillet 2025.
Une formation adaptée aux enjeux contemporains
Dans ce contexte international en pleine mutation, le cursus a décidé d'intensifier les enseignements portant sur l'économie indonésienne. « Je fais en sorte que nos étudiants aient un éventail de connaissances générales sur l'économie et le business en Indonésie. Je souhaite aussi qu'ils connaissent la dynamique régionale, la place de l'Indonésie en Asie du Sud-Est, et surtout l'importance de l'influence sino-américaine », détaille Dwi Winarsih, responsable de la licence depuis un an, chargée d'enseigner l'économie.
Si pour certains étudiants, les cours de commerce international ont été une source de motivation pour intégrer cette voie, d'autres ont été guidés par l'originalité de la filière. « On ne parle pas souvent de l'Indonésie. Et l'alphabet, proche du français, m'a convaincue », explique Zoé qui désire s'orienter vers le tourisme après ses études.
Une langue accessible aux francophones
Chaque semaine, les étudiants ont entre quatre et cinq heures de cours d'indonésien. Appelée bahasa Indonesia, la langue indonésienne est le résultat d'une histoire riche. Ses sonorités sont proches du français, de l'anglais, avec des mots ressemblant à l'espagnol, au portugais, voire à l'arabe.
« J'ai été vraiment surprise lorsque j'ai débuté l'apprentissage de la langue. J'ai trouvé ça étonnamment fluide », raconte Léonie étudiante en première année de licence. « Il n'y a pas les complexités que nous pouvons retrouver dans le français. Nous avons même une structure de phrases assez similaire, avec un sujet, un verbe et un objet. C'est une langue qui est très facile à débuter », abonde Dwi Winarsih.
Une filière menacée par les restrictions budgétaires
Mais aujourd'hui, le futur de la filière est incertain. En raison de la situation financière dégradée que connaît actuellement la France, les moyens dont disposent les universités régressent. « Nous sommes en danger, nous n'avons pas assez d'aide de l'État pour conserver la formation telle quelle », précise Chandra Nuraini.
Pour faire face aux contraintes budgétaires, l'université de La Rochelle a demandé que les classes soient restructurées. Mais l'adaptation est difficile et le spectre d'une fermeture plane sur le cursus qui peine à attirer les étudiants. « Le minimum dans une classe, c'est 12. Si nous n'arrivons pas à atteindre ce nombre, nous fermons », regrette Dwi Winarsih.
Malgré une large communication, la formation reste fragile, à l'image de l'intérêt encore timide des étudiants français pour une région pourtant stratégique. La licence LEA Anglais-Indonésien de La Rochelle représente ainsi un cas emblématique des défis que rencontrent les formations linguistiques rares dans le contexte actuel de restrictions universitaires.



