Les origines médiévales des examens scolaires français
Alors que les lycéens et étudiants terminent leurs épreuves de fin d'année, il est fascinant de remonter aux racines historiques de nos examens scolaires. La pratique de valider les connaissances par des diplômes remonte aux premières universités médiévales des XIIe et XIIIe siècles. Le système s'est organisé autour de trois grades fondamentaux : le baccalauréat, la licence et la maîtrise, formant une structure de validation des connaissances qui a traversé les siècles jusqu'à notre époque contemporaine.
Le baccalauréat napoléonien : un examen oral pour l'élite
Lorsque Napoléon Ier institue le baccalauréat moderne en 1808, celui-ci présente des caractéristiques bien différentes de l'examen actuel. Initialement, il s'agissait d'une épreuve entièrement orale, jugée par un jury composé exclusivement de trois universitaires. L'examen portait sur « tout ce que l'on enseigne dans les hautes classes des lycées », selon le statut du 16 février 1810. Napoléon voyait dans cet examen un moyen de former les futurs officiers et hauts administrateurs de son Empire, faisant du baccalauréat ce que le philosophe Edmond Goblot appellera « un brevet de bourgeoisie » tout au long du XIXe siècle.
La lente conquête de l'éducation par les femmes
L'accès des femmes à l'enseignement secondaire et supérieur constitue un chapitre important de l'histoire éducative française. Bien que la loi Camille Sée de décembre 1880 institue des établissements d'enseignement secondaire féminin publics, les jeunes filles rencontrent d'importantes difficultés pour passer le baccalauréat. Leur programme d'études exclut en effet les disciplines phares de l'enseignement masculin : le latin, le grec et la philosophie.
Pourtant, certaines candidates libres parviennent à se présenter : une trentaine en 1890, une centaine en 1909. La pionnière Julie Daubié obtient son baccalauréat en 1861, devenant ainsi la première bachelière française, puis la première licenciée ès lettres en 1871. Il faut attendre le décret du 25 mars 1924 pour qu'une préparation officielle au baccalauréat soit aménagée pour les jeunes filles.
La progression sera ensuite remarquable : les filles représentent déjà un quart des reçus au baccalauréat en 1936, atteignent le même taux d'accès que les garçons en 1965 (13% de la classe d'âge), et constituent la moitié des étudiants universitaires en 1981.
L'évolution du brevet des collèges
Le « brevet » connaît plusieurs transformations au fil du temps. Au XIXe siècle, il s'agit principalement d'un « brevet de capacité » permettant d'exercer certains métiers, notamment dans l'enseignement. En 1947, avec l'expansion de la scolarisation secondaire, il devient le « brevet d'études du premier cycle du second degré » (BEPC), marquant la structuration du secondaire en deux cycles.
À partir de 1981, le diplôme prend le nom de « brevet des collèges » et est attribué sans examen, sur la base des résultats scolaires. Mais dès 1986, un examen écrit est réintroduit avec pour objectifs annoncés de « revaloriser le diplôme », de « motiver » davantage les élèves et de les « préparer » aux examens futurs. Lors de cette première version, le taux de réussite ne dépasse pas 49%.
Les diplômes professionnels : CAP, BEP et bac pro
Le certificat d'aptitude professionnelle (CAP) voit le jour en 1911, destiné à sanctionner un apprentissage dans le commerce et l'industrie. Cependant, comme il n'est ni obligatoire ni lié à une grille de rémunération, il reste peu répandu dans un premier temps.
Le brevet d'enseignement professionnel (BEP) est créé en 1966 pour remplacer progressivement le CAP avec une orientation plus théorique, répondant aux exigences techniques de l'industrie moderne. Enfin, le baccalauréat professionnel est institué en 1985 par le ministre Jean-Pierre Chevènement, qui déclare vouloir « offrir, à l'issue de la classe de troisième, trois voies d'égale dignité » : générale, technologique et professionnelle.
La démocratisation progressive du baccalauréat
Le taux de titulaires du baccalauréat dans une classe d'âge reste longtemps très faible, reflétant son caractère socialement sélectif. Sous la IIIe République, il ne dépasse pas 3%. La gratuité des établissements secondaires publics n'intervient qu'à la fin de cette période, alors que l'enseignement primaire public était déjà gratuit depuis les années 1880.
La période gaullienne marque une première accélération : le taux de bacheliers généraux passe de 10% à 20% entre 1959 et 1969. La création du baccalauréat technologique en 1970 ajoute environ 16% de titulaires supplémentaires par classe d'âge. Enfin, l'apparition du baccalauréat professionnel en 1985 complète cette démocratisation, avec un taux atteignant 12% entre 1987 et 2008, puis 24% en 2012 après une réforme des programmes.
L'objectif annoncé par Jean-Pierre Chevènement de « 80% d'une classe d'âge au niveau bac en l'an 2000 » se traduit par une nouvelle accélération : le taux de titulaires d'un baccalauréat général passe de 22% en 1987 à 37% en 1995, atteignant 43% ces dernières années.
Cet article retrace l'histoire fascinante des examens scolaires français, révélant comment ces institutions éducatives ont évolué au fil des siècles pour s'adapter aux transformations sociales et politiques de la nation.



