Handicap à l'école : système en crise, AESH épuisés et enseignants démunis
Handicap scolaire : système en crise, AESH épuisés

Handicap à l'école : un système au bord de la rupture

Vingt ans après la loi du 11 février 2005 garantissant à chaque enfant handicapé le droit d'être scolarisé en milieu ordinaire, le système éducatif français montre des signes d'essoufflement alarmants. Entre places insuffisantes, accompagnants épuisés et enseignants démunis, l'inclusion scolaire tourne au cauchemar pour de nombreuses familles et professionnels.

Des grèves qui se multiplient dans l'académie de Montpellier

Ces dernières semaines, des mouvements de grève d'enseignants et d'accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) se sont intensifiés dans l'académie de Montpellier. Devant le collège Louis Germain de Saint-Jean-de-Védas, comme à Fontcarrade à Montpellier ou Kraft à Béziers, professionnels et parents manifestent leur colère face à un système qu'ils jugent au bord de la rupture.

Un manque criant de places et de moyens

Le déséquilibre entre l'offre et la demande est frappant. Alors que le nombre d'enfants handicapés accueillis en milieu scolaire a été multiplié par quatre en vingt ans, passant de 134 000 à 520 000, le nombre de places en instituts médico-éducatifs (IME) n'a augmenté que de 35 000. Cette pénurie de places spécialisées a des conséquences en cascade sur l'ensemble du système.

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"L'engorgement se répercute depuis des IME vétustes qui peinent à recruter des éducateurs", explique le parent d'un élève autiste. "Du coup, des élèves à handicap lourds se retrouvent dans des Ulis, privant de places d'autres élèves à besoins particuliers qui sont basculés dans des classes ordinaires."

Des AESH sous-payés et surmenés

La situation des accompagnants est particulièrement préoccupante. Dans l'académie de Montpellier, qui compte environ 7 000 AESH, seulement 95 postes supplémentaires ont été créés à la rentrée, alors qu'il en faudrait quatre fois plus pour suivre la croissance des notifications (+5% par an).

Eleonora, AESH depuis huit ans, témoigne : "On nous supprime trois postes qui sont redéployés dans le primaire, ce qui nous fait dix élèves à prendre en charge. Comment voulez-vous assurer un suivi de qualité ?"

Ces professionnelles - la profession est féminine à 96% - travaillent dans des conditions précaires : salaires de 1 200 euros net pour 30 heures, moins de 1 000 euros pour 24 heures (80% des AESH), alors que la moitié d'entre elles ont un niveau bac+2 ou bac+3. Burn-out et démissions assombrissent l'avenir de ce métier essentiel.

La mutualisation des AESH : un système à bout de souffle

Depuis la création des Pôles inclusifs d'accompagnement localisés (Pial) en 2019, les conditions de travail se sont dégradées. Finie l'époque où une AVS suivait un élève toute l'année. Aujourd'hui, plus de 50% des enfants bénéficient d'AESH mutualisées, ce qui signifie qu'un même accompagnant suit 4 à 8 élèves dans plus de 3 classes différentes.

"Pour le rectorat, attribuer au moins une heure hebdomadaire de suivi par élève permet de remplir le contrat", ironise Eleonora. Ce "saupoudrage" de la ressource aboutit à un nombre d'heures de suivi souvent bien inférieur à ce qui avait été prescrit.

Des enseignants démunis face à la complexité

Les professeurs se sentent également abandonnés. Mathieu Marschal, secrétaire académique du syndicat FO, alerte : "Certains troubles ne relèvent pas de nos compétences. C'est devenu la première cause de mal-être des enseignants."

Marie Nikichine, présidente de la FCPE de l'Hérault, déplore "la posture de déni du rectorat à propos des moyens à déployer". Elle constate que "beaucoup de sanctions finissent par toucher des élèves souffrant de troubles du comportement mais insuffisamment encadrés", avec un impact sur le climat scolaire global.

Des solutions urgentes réclamées

Face à cette crise systémique, des voix s'élèvent pour réclamer des changements structurels. Jessica Boyer, professeure à Béziers et vice-présidente académique du Snalc, estime qu'"il faut que l'ARS joue son rôle en créant des IMPE et que le ministère de l'Éducation fasse des AESH un vrai corps de fonctionnaires, rémunérées et formées à la hauteur de leur formidable métier".

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Vingt ans après la loi fondatrice, le défi de l'inclusion scolaire reste immense. Entre moyens insuffisants, professionnels épuisés et élèves laissés pour compte, c'est toute la chaîne éducative qui appelle à un sursaut politique et financier.