Bagnols-sur-Cèze : l'école Jules-Ferry en grève contre la dégradation des conditions d'enseignement
Grève à l'école Jules-Ferry de Bagnols-sur-Cèze pour dénoncer les conditions

Une mobilisation historique à l'école Jules-Ferry de Bagnols-sur-Cèze

Jeudi 26 mars, l'école primaire Jules-Ferry de Bagnols-sur-Cèze présentait un visage inhabituel. Les grilles sont restées fermées, les cartables sont restés sur le dos des écoliers, et toute l'équipe pédagogique s'est rassemblée devant l'entrée en signe de protestation. Cette grève, qui a concerné à la fois les classes de primaire et de maternelle, marque un point culminant dans des années de signalements de difficultés par les enseignants.

Un climat tendu après des agressions et un manque de moyens criant

Le mouvement trouve son origine dans deux événements récents qui ont profondément marqué la communauté éducative. Juste avant les vacances d'hiver, un enseignant a subi une agression verbale de la part d'un parent d'élève. Puis, au retour des congés, une seconde agression, cette fois physique, a impliqué un élève en insertion. Ces incidents ont créé un climat d'insécurité palpable au sein de l'établissement.

Sur les pancartes brandies par les manifestants, on pouvait lire des slogans éloquents : "On ne fait pas classe, on fait face", "On n'a pas choisi d'en saigner", ou encore "REP refusée = école pénalisée". Tous pointent vers le même problème fondamental : un manque chronique de moyens qui se manifeste par des remplacements non assurés, des classes surchargées et une pénurie d'AESH (Accompagnants d'Élèves en Situation de Handicap).

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Des classes surchargées et une dégradation progressive

Jessica Zeidour, enseignante en CM1 et déléguée syndicale au SNUDI-FO, témoigne de la situation alarmante : "Déjà que les classes sont surchargées, je vous laisse imaginer ce que ça nous demanderait en organisation de répartir une vingtaine d'élèves supplémentaires." L'école compte en moyenne 25 élèves par classe répartis sur 14 classes, auxquels s'ajoutent deux classes Ulis.

La situation s'est particulièrement dégradée depuis la sortie de la zone d'éducation prioritaire en 2014. L'enseignante explique : "On accumule les difficultés avec des classes surchargées. Au final, toute l'équipe pédagogique compense en travaillant plus." Cette surcharge de travail s'accompagne d'une inquiétude grandissante concernant la sécurité dans le quartier des Escanaux où est situé l'établissement.

Une mobilisation qui dépasse le cadre local

Ce mouvement local s'inscrit dans un contexte national de mobilisation. Les syndicats enseignants FSU, UNSA, CFDT, CGT et SUD appellent à une semaine de mobilisation du 30 mars au 3 avril, avec une grève nationale prévue le 31 mars. Ces manifestations visent à protester contre la future carte scolaire pour la rentrée 2026/27, qui devrait annoncer la fermeture de plusieurs postes.

Dans le Gard, 27 classes sont menacées de fermeture. Laure Pellet, secrétaire départementale du SNUDI-FO, critique cette approche : "L'excuse c'est la baisse démographique mais ça n'est pas la solution." Elle ajoute : "Cette équipe signale ces difficultés depuis des années. Là, elle a décidé de dire stop. Quand on laisse trop longtemps le couvercle sur la marmite, ça finit par exploser."

Une rare union entre enseignants et parents d'élèves

Un aspect remarquable de cette mobilisation est la présence massive des parents d'élèves venus soutenir le mouvement. Guillaume Baudry, parent d'élève et responsable du conseil local FCPE, partage le constat des enseignants : "Nous faisons le même constat que les profs : des remplacements non assurés, un manque d'AESH, et deux postes RASED sans enseignants."

Laure Pellet souligne l'importance de cette alliance : "Ce n'est pas courant de voir parents et enseignants se mobiliser ensemble. Mais aujourd'hui, l'école publique est en train de craquer partout." Cette unité témoigne de l'ampleur des préoccupations partagées par toute la communauté éducative.

Les perspectives et les réactions institutionnelles

Contactée par les médias, l'Académie de Montpellier a indiqué ne pas pouvoir répondre immédiatement et a promis de communiquer ses informations dans les prochains jours. Cette attente de réponse institutionnelle ajoute à l'incertitude qui pèse sur l'avenir de l'établissement.

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Le mouvement de l'école Jules-Ferry s'inscrit dans une problématique plus large qui touche de nombreux établissements scolaires en France. La dégradation des conditions de travail des enseignants, l'insuffisance des moyens alloués à l'éducation publique, et les questions de sécurité dans les établissements scolaires constituent des enjeux majeurs qui nécessitent une réponse coordonnée et ambitieuse des autorités éducatives.