Mobilisation massive des enseignants en Dordogne contre la dégradation des conditions de travail
Ce mardi 31 mars, le département de la Dordogne a connu une mobilisation significative du personnel éducatif avec plusieurs dizaines de classes fermées à travers le territoire. Des enseignants grévistes venus de toutes les régions du département se sont rassemblés à Périgueux pour participer à une assemblée générale de leur intersyndicale, exprimant leur colère face à la situation préoccupante du système éducatif local.
Une assemblée générale pour coordonner la contestation
Dans la grande salle du rez-de-chaussée de la Bourse du travail à Périgueux, une quarantaine d'enseignants se sont réunis en cercle pour cette assemblée générale cruciale. Les participants provenaient de nombreuses communes du département : Périgueux bien sûr, mais également Bergerac, Port-Sainte-Foy-et-Ponchapt, Thiviers, Terrasson-Lavilledieu, Saint-Astier et bien d'autres localités.
Les revendications principales portent sur trois points essentiels :
- Les classes surchargées qui compromettent la qualité de l'enseignement
- Les conditions de travail de plus en plus détériorées
- Les menaces de suppressions de postes qui pèsent sur la rentrée prochaine
Concernant ces dernières, les chiffres annoncés sont particulièrement alarmants : 11,5 postes menacés dans l'enseignement du premier degré et 28 dans le secondaire, selon les informations partagées lors de la réunion.
Une mobilisation qui s'organise dans tout le département
Alain Chabrillangeas, secrétaire général départemental de la Fédération syndicale unitaire (FSU), a confirmé l'ampleur du mouvement : « Forcément, ça mobilise pas mal de monde dans les écoles ». Bien que les organisateurs ne disposent pas encore de chiffres précis sur la participation globale, un tour de table a permis de mesurer l'étendue de la grève.
Parmi les établissements touchés :
- 13 classes du primaire fermées à Périgueux, dont toutes celles de Clos-Chassaing
- L'école d'Issac complètement fermée
- Les écoles de Château-l'Évêque, Mouleydier et Couze-et-Saint-Front également fermées
Cette grève s'inscrit dans un contexte particulièrement tendu, coïncidant avec la semaine d'élaboration de la carte scolaire du premier degré. « On a une carte scolaire plutôt saignante cette année », a déploré Alain Chabrillangeas, pointant du doigt le « budget catastrophique » voté à l'Assemblée nationale.
Des situations locales préoccupantes
La mobilisation ne se limite pas à Périgueux. À Mussidan, des accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) manifestent depuis une semaine au collège des Châtenades contre un projet de réorganisation du pôle inclusif d'accompagnement localisé (Pial) qui pourrait leur faire perdre des heures de travail.
Laure Guilhem, professeure à Mussidan et supportrice du mouvement, alerte : « Si on n'a plus nos AESH dans les classes, on aura des gamins qu'on ne saura plus gérer ».
À Saint-Pierre-d'Eyraud, l'équipe enseignante est également en alerte. Joëlle Bigey, enseignante dans cette commune, témoigne : « L'an dernier, on a réussi à sauver une classe. Cette année, on est dans la même situation, alors que 26 logements sociaux se construisent dans la commune ». Cette apparente contradiction entre développement démographique et réduction des moyens éducatifs suscite l'incompréhension.
Un appel à la mobilisation élargie
Jonathan Hervieux, professeur sarladais et secrétaire général de la CGT Éduc'Action 24, appelle à intensifier le mouvement : « Ça faisait longtemps qu'on savait qu'on allait se faire casser la gueule. Maintenant, il faut agir ». Il encourage les grévistes à mobiliser davantage de collègues, mais aussi des parents d'élèves et des élus locaux pour renforcer la pression.
Un rendez-vous important est déjà fixé : une mobilisation citoyenne est organisée vendredi 3 avril devant la préfecture à Périgueux, à partir de 9h30. Les organisateurs espèrent une participation massive pour faire entendre leurs revendications auprès des autorités départementales.
Face à ce qu'ils qualifient d'« implacable politique d'économies » appliquée par la direction départementale des services de l'Éducation nationale, les enseignants de Dordogne entendent bien défendre leur vision de l'éducation. Comme le souligne Alain Chabrillangeas : « Certes, on a une déprise démographique. Mais on pourrait en profiter pour mettre en place des conditions d'enseignement plus favorables ».



