Un ancien professeur jugé pour diffamation après avoir brisé l'omerta de l'Éducation nationale
Ex-professeur jugé pour diffamation après critique de l'Éducation

Un ancien professeur d'anglais face à la justice pour avoir rompu le silence

William Lafleur, ancien professeur d'anglais connu sous le pseudonyme « MsieurLeProf » sur les réseaux sociaux où il rassemble près de 400 000 abonnés, sera jugé le 24 février prochain à Toulouse pour diffamation. Cette affaire judiciaire découle de la publication de son livre L'ex plus beau métier du monde, édité chez Flammarion, dans lequel il critique ouvertement le système éducatif français.

De l'humour à la dénonciation des dysfonctionnements

Initialement reconnu pour ses anecdotes de classe humoristiques et ironiques, William Lafleur a progressivement orienté son discours vers une analyse plus acerbe des conditions de travail des enseignants et de la gestion de l'éducation en France. Après douze années de carrière, il a décidé de quitter l'enseignement, évoquant un ras-le-bol général et un sentiment d'isolement face aux difficultés croissantes.

Dans son ouvrage, il aborde sans détour des sujets sensibles tels que les violences en milieu scolaire, le manque de moyens, la précarité des enseignants, la bureaucratie excessive et les failles institutionnelles, en citant notamment l'affaire Samuel Paty. C'est précisément un extrait de ce livre, accompagné de quelques tweets liés à sa publication, qui a conduit à une plainte pour diffamation déposée par son inspecteur d'académie.

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Une inspection vécue comme humiliante et infantilisante

William Lafleur décrit sa dernière inspection comme une expérience « infantilisante » et « humiliante », affirmant avoir été « littéralement interrogé comme un élève ». Il rapporte que l'inspecteur, dont la réputation le précédait selon ses collègues, aurait eu un « compte à régler » en raison de sa démission, allant jusqu'à menacer de ne pas l'accepter.

L'ancien professeur estime que cette plainte vise à faire taire ses critiques, brisant ainsi ce qu'il appelle « l'omerta » de l'Éducation nationale. Il fait référence à la loi sur l'« école de la confiance » de 2019, instaurant un droit de réserve pour les enseignants, et interprète cette action judiciaire comme une tentative de dissuasion pour éviter tout remous.

Un soutien mitigé et des conséquences financières

Malgré le succès commercial de son livre, William Lafleur déplore avoir été « lâché » par son éditeur, qui ne lui apporte plus de soutien juridique et refuse ses nouveaux manuscrits. Il interprète cette distance comme une volonté de se préserver des controverses qu'il génère.

Pour faire face aux frais juridiques, qui s'élèvent à plus de 8 000 euros, il a lancé une cagnotte en ligne, recevant un soutien significatif de la part de proches et d'anonymes. Sans cette aide, il affirme ne pas avoir les ressources nécessaires pour préparer une défense solide, voyant dans cette plainte une procédure-bâillon visant à étouffer sa voix.

Cette affaire met en lumière les tensions persistantes au sein de l'Éducation nationale, où la liberté d'expression des enseignants se heurte souvent à une culture du silence. Le procès à venir pourrait ainsi devenir un symbole des luttes pour la transparence et la réforme du système éducatif français.

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