Béziers : quatre enseignants en route vers Paris pour alerter sur l'urgence éducative
Enseignants biterrois à Paris pour alerter le ministère

« On est obligé de s’imposer parce que notre situation est grave » : le cri d'alarme des enseignants biterrois

Une délégation de quatre enseignants des collèges La Dullague et Lucie-Aubrac à Béziers prendra la route de Paris mercredi 5 novembre prochain. Leur objectif est clair : obtenir un rendez-vous au ministère de l'Éducation nationale et rappeler, une fois de plus, l'impérieuse nécessité de classer leurs établissements en réseau d'éducation prioritaire renforcé (Rep+).

Des années de mobilisation sans réponse

Depuis plus de deux ans, un collectif d'enseignants se bat pour faire entendre la situation dramatique de ces collèges. Malgré des mobilisations répétées à Béziers, le ministère reste sourd à leurs appels. Même le suicide d'un collégien de La Dullague en mai dernier n'a rien changé à leur sort. La révision de la carte de l'éducation prioritaire, élaborée en juin 2014, est constamment reportée, laissant ces établissements dans un dénuement criant.

Les « oubliés de l'éducation prioritaire »

« On a cherché à savoir quels établissements étaient dans la même situation que nous », explique une enseignante du collectif biterrois, qui préfère garder l'anonymat. Ces collèges présentent un indice de position sociale (IPS) très faible, inférieur à 76, alors que la moyenne nationale s'établit à 106,1. Pourtant, ils ne bénéficient pas des moyens du Rep+.

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Dans un courrier adressé à la ministre de l'Éducation, ils se désignent comme les « oubliés de l'éducation prioritaire ». « Quand les familles sont à ce point pauvres, il y a une même gravité dans les problèmes », poursuit l'enseignante. « Et c'est cette corrélation qu'on cherchait à prouver. »

Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes

Les données sont accablantes :

  • À La Dullague, 71% des élèves étaient boursiers en 2024-2025.
  • Le taux de réussite au brevet n'atteint que 60%, qualifié de « catastrophique ».
  • La violence est continue et l'égalité des chances inexistante.

« On est obligé de s'imposer, pas par esprit de défiance mais parce que notre situation est grave », insiste l'enseignante. « On sait que le rectorat a un regard bienveillant sur nos établissements mais les moyens mis en œuvre n'ont rien à voir avec ceux du Rep+. »

Une mobilisation qui s'élargit

Le 5 novembre, la délégation biterroise pourrait être rejointe par des représentants des collèges Montesquieu d'Évry-Courcouronnes (académie de Versailles) et Julia-Nicolas de Fort-de-France en Martinique. Tous partagent le même constat : les années passent et des générations entières sont sacrifiées.

Les parents d'élèves solidaires

Le même jour, à 9h30, un rassemblement de parents d'élèves est prévu devant le collège de La Dullague. Karen Anicet, présidente de l'association de parents d'élèves Apeco, explique : « Il s'agit de montrer qu'on est tous unis derrière cette demande de révision de la carte de l'éducation prioritaire. Elle n'a pas été révisée depuis des années, c'est aberrant. »

Elle rappelle qu'avant, le quartier Iranget-Grangette figurait parmi les 20 plus pauvres de France. « Maintenant, il est le 5e plus pauvre de France. Et une grande partie du public de La Dullague vient de ce quartier. » Les parents d'élèves des écoles Casimir-Péret, la Chevalière, Herriot et Riquet-Renand se joindront à ce rassemblement.

Face à l'urgence, les enseignants biterrois n'ont d'autre choix que de porter leur dossier jusqu'à Paris, espérant enfin être entendus par ceux qui détiennent les clés de l'égalité scolaire.

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