Cybermenaces dans les lycées : Belloubet annonce des mesures de protection à Bordeaux
Cybermenaces : Belloubet dévoile un bouclier de protection pour les lycées

Une vague de cybermenaces frappe les établissements scolaires français

Depuis une quinzaine de jours, une inquiétante vague de cybermenaces déferle sur les lycées et collèges de l'Hexagone. Les chiffres sont alarmants : 430 courriels malveillants ont été recensés, touchant pas moins de vingt académies différentes. C'est dans ce contexte particulièrement tendu que la ministre de l'Éducation nationale, Nicole Belloubet, s'est rendue à Bordeaux le 29 mars 2024. Son déplacement sur le terrain des violences n'est pas anodin. Les événements survenus cette semaine au lycée professionnel Trégey de Bordeaux revêtent en effet un caractère particulièrement choquant et symbolique.

Des menaces d'une violence inédite au lycée Trégey

Après un premier message visant l'établissement mardi, les attaques ont pris une tournure dramatique jeudi matin, franchissant un cap dans l'horreur. Douze membres du personnel éducatif ont été nommément ciblés, avec leurs noms et prénoms, et menacés de mort par égorgement, rapporte un membre de la communauté éducative, encore sous le choc. « Une liste entière », précise-t-il. La brutalité des propos a plongé l'ensemble de la communauté scolaire – enseignants, proviseure, personnels administratifs et élèves – dans un état de terreur et d'effroi profond.

Le bouclier de protection annoncé par la ministre

C'est face à cette situation critique que Nicole Belloubet a rencontré l'équipe éducative du lycée girondin. Cette visite a précédé une table ronde cruciale sur la sécurité des établissements scolaires, organisée en préfecture avec toutes les instances concernées. « Je suis venue à Bordeaux pour exprimer l'émotion que nous ressentons lorsque nos établissements et nos personnels font l'objet d'attaques aussi malveillantes », a déclaré la ministre en préambule. « Je suis venue leur dire qu'ils ne sont pas seuls. Tous ensemble, nous formons un bouclier de protection autour de nos écoles », a-t-elle assuré avec fermeté.

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Nicole Belloubet a ensuite détaillé les mesures de « gestion de crise immédiate » mises en œuvre par le rectorat de Bordeaux :

  • La création d'une cellule psychologique pour accompagner les victimes.
  • Un appui pédagogique renforcé pour soutenir l'équipe éducative.
  • Le déploiement des forces de sécurité mobiles de l'académie dès la semaine suivante pour assurer une protection physique.

Ces équipes mobiles de sécurité académiques, instaurées en 2009, regroupent environ 550 membres en France, issus de l'Éducation nationale, d'autres ministères ou des métiers de la sécurité, comme des gendarmes ou policiers à la retraite.

Une force mobile scolaire nationale dès la rentrée 2024

En complément de ces dispositifs existants, la ministre a annoncé une innovation majeure : le lancement d'une force mobile scolaire nationale. Cette équipe spéciale, qui pourra être déployée en quarante-huit heures dès la rentrée 2024 dans les établissements en grande difficulté, aura pour mission de rassurer les équipes et de les aider à surmonter les crises aiguës. Concrètement, elle sera composée d'une vingtaine d'agents de l'Éducation nationale, principalement des conseillers principaux d'éducation (CPE), pouvant intervenir sur l'ensemble du territoire.

La guerre déclarée aux cyberattaques

Sur le front numérique, Nicole Belloubet a adopté une posture offensive contre les « attaques cybermalveillantes ». Une décision forte a été prise : la suspension des messageries des espaces numériques de travail (ENT) des établissements ciblés. Les codes d'accès seront intégralement réinitialisés pendant les vacances de printemps. Dans un second temps, l'Agence nationale de sécurité numérique procédera à un audit approfondi et consolidera la sûreté de ces systèmes.

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Un renforcement de la protection juridique

Pour mieux défendre les personnels, la ministre a annoncé que l'État se porterait systématiquement partie civile dès qu'une plainte serait déposée pour de tels faits. « Lorsqu'il y a des actes de cybermalveillance ou des attaques physiques, les écoles subissent des dommages matériels, les enseignants endurent des préjudices psychologiques, physiques ou moraux. L'État demandera justice ; l'école obtiendra réparation », a-t-elle martelé, soulignant ainsi l'engagement total de l'institution.

Les syndicats dénoncent des mesures insuffisantes

Pendant ce temps, au cinquième étage de la préfecture, la conseillère sociale de la ministre recevait les représentants de quatre organisations syndicales – Snetaa-FO, SNES-FSU, Unsa et Sgen-CFDT – venues alerter sur « la dégradation générale du climat scolaire ». « Au-delà de cette crise, le contexte général est inquiétant », expose Éric Mouchet, secrétaire général du Snetaa-FO, premier syndicat des enseignants en lycée professionnel. Élu au comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail académique, il dénonce une explosion des incidents, des demandes de protection, des conseils de discipline et des signalements de souffrance au travail. « Les mesures annoncées sont insuffisantes, la situation va continuer à se dégrader », conclut-il amèrement. Un collègue renchérit en qualifiant ces actions de « sparadrap ».

Sonia Meljac, secrétaire générale du Snes-FSU, insiste sur les besoins fondamentaux : « Nous avons besoin de moyens humains : plus de CPE, de surveillants, d'enseignants, de chefs d'établissements ». « L'histoire n'est pas terminée », martèle pour sa part Éric Mouchet. Le prochain chapitre de cette crise sécuritaire s'écrira le 4 avril, lors d'une réunion cruciale rassemblant le Premier ministre, le ministre de l'Intérieur, la ministre de l'Éducation nationale et l'ensemble des recteurs.