Cyberharcèlement dès le primaire : une réalité alarmante qui touche un enfant sur trois
À l'occasion de la Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, les chiffres révèlent une augmentation préoccupante du phénomène chez les élèves de plus en plus jeunes. Une enquête réalisée en mai 2025 par Audirep pour l'association e-Enfance montre que 35% des élèves se disent avoir été confrontés, en tant que victimes ou témoins, à une situation de harcèlement dès l'école primaire. Ce chiffre représente une hausse de 11% en seulement un an.
Le cyberharcèlement gagne du terrain chez les plus jeunes
Parmi ces situations, 18% concernent spécifiquement du cyberharcèlement, un chiffre à mettre en relation avec les 65% d'élèves équipés d'un téléphone portable dès l'école primaire. L'Éducation nationale indique que le niveau de harcèlement le plus élevé se situe désormais en CE2, soit à l'âge de 8 ans, touchant 5% des élèves.
Certains témoignages recueillis en Occitanie sont particulièrement glaçants. Une mère décrit le calvaire de son fils de 7 ans dans une école près de Montpellier : "Insultes, coups, goûters rackettés, menaces de mort sur la petite sœur..." Malgré l'exclusion finale de l'élève incriminé, les conséquences ont été dramatiques : phobie scolaire, automutilations, tentative de suicide. "Aujourd'hui encore, à 17 ans, il a peur de tout", confie sa mère. "Je sais qu'il ne sera jamais l'enfant qu'il aurait dû être. Cette histoire l'a marqué à vie."
Le programme pHARe : une réponse structurée face au fléau
Face à cette situation, des initiatives se développent. Le programme pHARe (Programme de lutte contre le Harcèlement et l'Intimidation) est déployé dans plusieurs établissements, comme au collège Port-Marianne au sud de Montpellier. Ce programme va au-delà de la simple lutte contre le harcèlement en traitant aussi le mal-être et l'isolement des élèves.
Il s'appuie sur une équipe d'adultes référents (professeurs, infirmière, assistants d'éducation, CPE) et met en lumière des élèves ambassadeurs. À Port-Marianne, ces ambassadeurs se surnomment les "aiguilleurs". Winnie, 14 ans, explique leur rôle : "Créer un lien entre élèves, les encourager à être bienveillants mais aussi repérer des problèmes, savoir écouter, inciter les camarades à se confier et, si besoin, le rapporter à un adulte."
Des drames qui marquent durablement les établissements
Le 6 mai dernier, le collège La Dullague de Béziers a été secoué par le suicide d'Is'Hak, un élève de 14 ans retrouvé pendu à son domicile. Dans l'immédiat, des camarades avaient évoqué du harcèlement et du cyberharcèlement. Cependant, l'enquête policière récemment bouclée n'a établi aucun lien en ce sens et l'établissement a été exonéré de toute responsabilité.
La principale Fabienne Fichot témoigne : "On ne se remet jamais totalement d'un tel choc. Nous avons repris les cours à la rentrée dans des conditions sereines en poursuivant le travail de fourmi de lutte contre le harcèlement." L'établissement compte désormais 12 adultes référents et 32 élèves ambassadeurs, et a créé un espace zen pour inciter les élèves à se confier.
Une libération de la parole qui révèle l'ampleur du problème
Carole Drucker-Godard, rectrice de l'académie de Montpellier, souligne les progrès accomplis : "On a fait beaucoup de progrès grâce à ce programme qui implique 6000 ambassadeurs dans l'académie de Montpellier et permet de libérer la parole et de lever les tabous."
Pourtant, malgré ces efforts, le harcèlement scolaire continue de progresser au moins aussi vite que les remèdes, à la vitesse des réseaux sociaux. Une étude de l'association e-Enfance alerte sur une utilisation trop précoce de ces plateformes.
Parallèlement, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire sur le fonctionnement de l'algorithme de TikTok, soupçonné de "pousser les plus vulnérables vers le suicide".
Des mesures concrètes pour prévenir les drames
Aujourd'hui, tous les élèves du CE2 à la Terminale remplissent un questionnaire anonyme d'autoévaluation relatif au harcèlement. Nouveauté significative : ils sont désormais autorisés à y inscrire leur nom, permettant une intervention plus rapide des équipes éducatives.
Cette mesure vise à agir avant que les dégâts ne deviennent irréversibles, alors que 25% des élèves déclarent avoir déjà ressenti des pensées suicidaires. La lutte contre le harcèlement scolaire reste plus que jamais un enjeu majeur de santé publique et d'éducation.



