Un documentaire émouvant sur une famille juive spoliée pendant la guerre
Derrière la façade banale de la boutique Old England à Saint-Jean-de-Luz se cache une histoire douloureuse, aujourd'hui ressuscitée par dix-huit élèves de troisième du collège immersif Piarres-Larzabal de Ciboure. Leur documentaire intitulé « Les Meyer. Une famille juive sous la Shoah » plonge dans le destin tragique d'Émile Meyer, son épouse Rachel Blum et leurs deux fils, Jacques et Claude.
La spoliation et la fuite pour survivre
En 1941, la famille Meyer a été spoliée de tous ses biens, y compris sa boutique et son appartement de la rue Tourasse. Pour échapper aux camps de concentration, les deux fils ont rejoint la Résistance. Leurs parents, quant à eux, ont dû leur survie à une amie, Germaine Ballini, reconnue plus tard comme Juste parmi les Nations, qui leur a fourni de faux papiers pour fuir vers Montauban.
À la fin de la guerre, de retour à Saint-Jean-de-Luz, toutes leurs démarches pour récupérer leurs biens sont restées vaines. Malgré la reconnaissance officielle de leur statut de victimes, les actions en justice n'ont abouti qu'à de maigres compensations financières, laissant une cicatrice indélébile dans leur histoire.
Un travail de mémoire minutieux et local
Les élèves ont mené un travail de recherche approfondi, s'appuyant notamment sur le témoignage précieux d'Hélène Legarto, une Luzienne centenaire qui livrait autrefois du lait et des légumes à la famille Meyer. Selon elle, Rachel aurait été arrêtée et envoyée en Allemagne avant de parvenir à s'échapper, un épisode dont l'épouse d'Émile Meyer n'a jamais voulu témoigner après le décès de son père en 1945.
Le groupe a également consulté un livre publié en 2004 par Claude Meyer, l'un des fils, détaillant le destin exceptionnel de sa famille. Ce documentaire de six minutes trente, richement illustré et parfaitement séquencé, a été mis en image par la jeune Ellori Guichard Fernandez, qui a consacré toutes ses vacances de février à ce projet.
Un investissement collectif et humain
Encadrés par leur professeur d'histoire Pierre Sallaberry et le documentaliste Peio Etcheverry-Ainchart, les élèves se sont investis sur tous les temps de pause depuis le début de l'année scolaire. Choix des illustrations, script, traduction en euskara, montage, promotion auprès des médias : chaque étape a été portée par les jeunes, sans recours à l'intelligence artificielle, comme le précise Julen Lacaze, l'un des porte-parole.
Le projet, qui doit être envoyé à Paris avant fin mars pour le Concours national de la Résistance et de la Déportation, représente le Pays basque. Mais au-delà de la compétition, c'est la valeur mémorielle qui prime. « Emporterons-nous ce concours ? Cela n'a pas réellement d'importance. Ce qui en a, c'est d'avoir pu mettre en lumière une histoire méconnue et surtout ancrée ici », souligne Peio Etcheverry-Ainchart.
L'équipe est particulièrement fière d'avoir recueilli le témoignage d'Hélène Legarto, dont trois arrière-petits-enfants font partie du projet, ajoutant « un supplément d'âme » à cette aventure. Ce documentaire rappelle que la famille Meyer est la seule famille luzienne à avoir survécu à la Shoah, un fait historique local qui méritait d'être raconté.



