Ce que les hommes ne disent pas : une plongée dans la souffrance masculine avec Kevin Hiridjee
On leur attribue souvent tous les maux, on mesure les coûts de leur virilité, et certains rêvent même d'un monde sans eux. Pourtant, on s'arrête rarement pour les écouter. Qu'éprouvent-ils qu'ils ne disent pas, peut-être parce qu'ils l'ignorent eux-mêmes ? Que traduisent leurs silences ? Quelles angoisses les traversent ? Dans l'espoir d'apaiser les relations entre les sexes, le psychologue et psychanalyste Kevin Hiridjee nous parle des hommes dans son nouvel ouvrage, Ce que les hommes ne disent pas, publié aux éditions Albin Michel.
Pourquoi ce livre ?
Kevin Hiridjee explique avoir écrit ce livre en réaction au clivage croissant entre hommes et femmes, observé en consultation. Il cite des femmes renonçant à la vie hétérosexuelle et de jeunes hommes basculant dans le masculinisme. Le procès Pelicot a également motivé son travail, soulignant un déséquilibre entre les analyses sociales et les cas individuels des accusés, souvent traumatiques. Pour lui, les généralisations nuisent à l'intelligence requise, et la discontinuité de l'expérience masculine mérite d'être soulevée.
Les maux de notre époque et l'ignorance des hommes
Le livre postule que beaucoup de problèmes actuels découlent d'une méconnaissance des hommes. Si l'écoute des femmes était légitime et nécessaire, la contribution masculine est essentielle pour faire évoluer les conditions des femmes et les relations entre sexes. Comprendre leur point de vue, leurs origines et leurs silences est indispensable.
Ce que les hommes ne disent pas
Les hommes ne disent pas leurs souffrances, tourments et angoisses. Ils peinent à exprimer leur vulnérabilité, qui s'exprime plutôt par des actes, parfois extrêmes comme les suicides, dont près de 75 % sont masculins. Cette souffrance, peu interrogée, nourrit le repli sur soi, le rejet et la violence.
La dépression masculine mal détectée
Le taux de diagnostic de dépression chez les hommes reste très faible, car les critères officiels se réfèrent encore aux signes féminins. Pourtant, les hommes l'expriment différemment, nécessitant un meilleur repérage, surtout chez les adolescents. Beaucoup de jeunes masculinistes cachent un profond désarroi, souvent interprété à tort comme une crispation identitaire, alors qu'ils se défendent contre un effondrement psychique.
Pourquoi les hommes parlent et pleurent si peu ?
Les hommes se sont toujours définis par l'extérieur et la représentation, négligeant leur vie psychique. Portés par ces représentations, ils ont développé moins de capacités de mentalisation, devenant un « continent noir » incompris.
Le mythe de la virilité et l'ambivalence sociale
Les hommes ont des progrès à faire, mais certaines femmes tiennent un double discours, appelant à la déconstruction tout en attendant force et sécurité. Beaucoup d'hommes se sentent perdus face à ces injonctions contradictoires, nourrissant un sentiment d'échec exploité par les coachs masculinistes.
Les modèles masculins et la diversité
Les hommes ont besoin de modèles variés, au-delà des footballeurs ou des figures déconstruites. Des hommes socialement valorisés, issus de la culture populaire, peuvent montrer la bigarrure de l'expérience masculine et enseigner qu'un homme « peut aussi ressembler à ça ».
L'impact de #MeToo sur les hommes
#MeToo a suscité un sursaut chez de nombreux hommes, rendant audible la demande d'égalité. Il a aussi ajouté des angoisses, comme celle de faire mal aux femmes, signe d'une sollicitude accrue. Cependant, certains adolescents en sont bloqués dans leur vie intime, par peur d'être taxés d'agresseurs sexuels.
La volonté de changement
Kevin Hiridjee écrit avec l'espoir que les hommes changent, comme ils l'ont montré avec la paternité. Ils évolueront quand ils sentiront qu'on se préoccupe d'eux, reconnaît leurs maux et peut les soigner. L'éducation est un levier clé, car investir son intériorité est un apprentissage essentiel pour la société.
Ce que les hommes ne disent pas, par Kevin Hiridjee, éditions Albin Michel, 224 pages, 20,90 €.



