À Béziers, la colère monte pour le classement en REP+ du collège La Dullague
Ce mercredi matin, une quarantaine de parents d'élèves se sont rassemblés devant le collège La Dullague à Béziers, brandissant des pancartes aux messages sans équivoque. "On est les oubliés de l'éducation prioritaire", déplore Karen, l'une des parents présentes, résumant un sentiment d'abandon qui dure depuis des années.
Une revendication ancienne qui s'intensifie
La mobilisation s'inscrit dans une lutte continue pour obtenir le classement en REP+ des collèges La Dullague et Lucie-Aubrac. "On devrait être classé en REP+ depuis 2014", insiste Karen, rappelant que la refonte de la carte scolaire promise pour 2018 n'a jamais abouti. Les parents estiment que leur établissement est laissé pour compte, alors que d'autres collèges ont pu bénéficier de ce statut pour améliorer leur situation.
Les pancartes dressent un constat alarmant : harcèlement, chute des résultats, peur, échec scolaire, violence, paupérisation, discrimination. Face à cela, un seul remède selon eux : le passage en REP+, qui permettrait d'obtenir des moyens supplémentaires pour l'éducation des collégiens.
Des élèves en souffrance et des professeurs démunis
Le climat au sein du collège La Dullague est particulièrement tendu, marqué par le suicide d'un élève il y a plusieurs mois. "Les enfants sont déstabilisés, on le ressent", se désole Samira, une mère inquiète. "Je dois être beaucoup plus présente pour ma fille que pour mes deux autres enfants quand ils étaient à sa place."
Justine, une collégienne présente lors du rassemblement, confirme les difficultés : "En classe, il y a beaucoup d'élèves en difficulté. Les professeurs s'en occupent, mais ils ne nous accordent pas trop de temps. Donc on prend du retard." Un parent ajoute, amer : "On les prive d'un bon enseignement. Ceux qui ont un bon niveau sont tirés vers le bas."
Le soutien politique et l'impuissance locale
Plusieurs personnalités politiques se sont jointes au mouvement. Thierry Antoine, conseiller municipal d'opposition, affirme que "ce classement en REP+ est une revendication essentielle pour offrir à chaque élève les conditions d'apprentissage qu'il mérite". Thierry Mathieu, conseiller régional, souligne que "ce passage permettrait des moyens supplémentaires dans un des quartiers les plus pauvres de France".
Le maire de Béziers, Robert Ménard, présent avec son épouse Emmanuelle Ménard, rappelle son engagement de longue date : "Comme je le fais depuis huit ans. Il faut plus de moyens à ce collège." Il dénonce les promesses non tenues et pointe l'instabilité politique nationale comme responsable de l'immobilisme. "C'est une décision qui ne sera pas prise localement, mais nationalement", reconnaît-il, promettant d'utiliser son poids médiatique pour faire bouger les lignes.
Une réunion infructueuse et des perspectives incertaines
Parallèlement à la mobilisation des parents, les professeurs des deux collèges ont tenu une visioconférence avec la Direction générale de l'enseignement scolaire. La déception est amère : "Aucune réponse n'a été apportée à nos demandes", rapporte un enseignant. Pire, on leur aurait évoqué une éventuelle révision de la carte scolaire... en 2027.
"On nous balade", soupire un participant. "Nous sommes dans une situation exceptionnelle. Nous avons donc besoin de moyens exceptionnels." Face à ce blocage, le personnel éducatif envisage désormais une démarche à Paris pour porter directement leurs revendications au niveau national.
La mobilisation à Béziers révèle ainsi les tensions croissantes autour de l'éducation prioritaire, où des établissements comme La Dullague attendent toujours les moyens promis pour offrir à leurs élèves des conditions d'apprentissage dignes.



