Bordeaux : une école pas comme les autres au cœur de l'hôpital pour enfants
Bordeaux : l'école de l'hôpital pour enfants malades

Bordeaux : une école pas comme les autres au cœur de l'hôpital pour enfants

Au centre hospitalier de Bordeaux, neuf enseignants détachés de l'Éducation nationale assurent la continuité pédagogique au chevet des enfants malades. Chaque année, pas moins de 1 000 élèves âgés de 3 à 18 ans sont suivis dans cette école extraordinaire. Pour ces jeunes patients, la lecture et les mathématiques représentent bien plus que des matières scolaires : ce sont les fils qui les raccrochent à une vie normale. Tant qu'ils calculent l'aire d'un rectangle ou résolvent des équations, ils ne sont pas simplement des malades, mais des élèves à part entière.

Une bouffée d'oxygène pour les familles

L'aile gauche du premier étage de l'Hôpital des enfants abrite cette « école » méconnue des familles chanceuses. Mais lorsque la maladie frappe, la rencontre avec l'équipe pédagogique devient une véritable bouffée d'oxygène. « Pas besoin d'ajouter les difficultés scolaires aux problèmes de santé », souligne Sophie Loppinet, coordinatrice pédagogique de l'unité, vêtue d'une blouse blanche rebrodée d'un panda, mascotte de l'équipe.

La continuité pédagogique constitue la raison d'être de cette unité détachée de l'Éducation nationale, qui sert également de trait d'union entre l'établissement d'origine et cette parenthèse hospitalière. Chaque semaine commence par une réunion où les neuf enseignants spécialisés, volontaires pour officier dans cette école en blouses blanches, prennent connaissance des nouveaux arrivants et de leurs dossiers médicaux.

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Un champ d'intervention très large

Depuis son ouverture en 2022, l'Apad (Assistance pédagogique à domicile et à l'hôpital) prend en charge un millier d'élèves annuellement. « Notre champ d'intervention est très large », appuie Sophie Loppinet. « Cela peut aller de l'instauration d'un PAI (projet d'accueil individualisé) pour un écolier asthmatique, au suivi scolaire d'un enfant hospitalisé en oncologie pour plusieurs mois, jusqu'au passage du bac ou du brevet directement à l'hôpital ».

Ces enseignants pas comme les autres accompagnent également les familles dans « la vie d'après », facilitant le retour de l'élève dans son établissement d'origine. Si nécessaire, ils se déplacent pour expliquer une maladie chronique ou les séquelles physiques d'un enfant, afin qu'il soit accueilli avec bienveillance par ses camarades.

Articuler soins et scolarité avec précision

L'organisation est rigoureuse : chaque enseignant est référent de services médicaux précis pour faciliter le lien avec les médecins. Marie-Cécile Burri, chargée de l'étage « neuro », explique cette structuration mûrie au fil des années pour articuler au mieux soins et scolarité.

Les interventions pédagogiques prennent des formes variées :

  • Dans des microsalles de classe aménagées dans les couloirs
  • Directement au chevet des enfants en secteur protégé
  • Avec du matériel pédagogique spécifiquement adapté et désinfecté

Rester à sa place de professionnels de l'Éducation

« En entrant dans la chambre, on entre dans l'intimité de l'élève, dans sa vie », confie Sophie Loppinet. Il est alors crucial de « rester à sa place de professionnels de l'Éducation ». « Ils ont besoin de cadre, ça les rassure de constater que tu es une vraie maîtresse », poursuit-elle. Cette posture professionnelle s'applique également aux relations avec les parents : « Nous ne sommes pas à leur service, mais ils savent qu'ils peuvent compter sur nous ».

Les enseignants doivent parfois gérer des moments difficiles, y compris lorsque les élèves expriment leur ras-le-bol ou leur fatigue. « S'ils ne sont pas bien, il faut l'entendre », explique l'équipe, qui a développé une réflexion collective sur l'accueil de ce « non ». « Il faut leur laisser la possibilité de refuser une fois dans la journée : avec les médecins et les infirmières, les soins ne sont pas négociables ».

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Des moments de grâce et d'héroïsme quotidien

Malgré les défis, l'équipe pédagogique s'accroche aux moments de grâce : ces yeux qui brillent quand commence une histoire, ces sourires aux premières notes d'une chanson. Elle admire l'héroïsme d'adolescents comme Eneko, cloué à son halo crânien mais persévérant à multiplier les fractions sous l'œil attentif de son professeur de maths, Sébastien Duret.

L'échange est intense, l'énergie palpable : des deux côtés, chacun donne tout ce qu'il a. Et reçoit autant. Parfois, en pleine leçon de sciences, un bip sonne l'alerte sur une constante vitale. Ce n'est pas l'heure de la récréation, mais le rappel que la priorité, ici, c'est la vie.

L'équipe pédagogique déploie des trésors d'inventivité - gestuelle, jeu, humour, chanson - pour pallier l'absence de dynamique collective et valoriser l'effort de chaque élève. Même dans les moments les plus critiques, lorsque des élèves savent qu'ils vont mourir et le partagent avec leurs enseignants, la plupart veulent continuer l'école, jusqu'au bout. Les enseignants puisent alors leur force dans le collectif, « se relayant, s'épaulant, traversant ces moments ensemble, soudés ».

Cette école hospitalière représente bien plus qu'un service pédagogique : c'est un lieu où l'éducation devient acte de résilience, où chaque leçon est une victoire sur la maladie, et où des professionnels dévoués redonnent aux enfants malades leur statut d'élèves, au-delà de leur condition de patients.