Dans les allées du Parc Puget ou à l'abri du soleil au Palais Longchamps, des mannequins finalisent leur maquillage sous les arbres. Plus loin, des créatrices ajustent une manche, repositionnent un collier ou vérifient l'ordre de passage des silhouettes. Quelques heures avant le début des défilés, l'effervescence est palpable. Pourtant, loin de l'image parfois froide et compétitive associée au monde de la mode, c'est une tout autre ambiance de bienveillance et de sororité qui frappe.
Une deuxième édition sous le signe de la mode responsable
Pour sa deuxième édition, la Slow Fashion Week de Marseille, imaginée par le collectif BAGA, a une nouvelle fois mis à l'honneur une mode locale, responsable et créative. Pendant plusieurs jours, une mode qui privilégie les savoir-faire, l'upcycling et la production raisonnée a été célébrée. Et dans les coulisses des défilés de Salé et de Jade Tekhil, cette ambition prend tout son sens.
Salé : la création comme une naissance
Au Parc Puget, les derniers préparatifs s'accélèrent. Cette année, la marque Salé présente une collection profondément inspirée par la maternité. « Le thème est vraiment autour de la femme créative, de la femme créature. Ce projet, en gestation depuis neuf mois pour Lucie (créatrice de Salé), a permis l'arrivée du défilé et d'un bébé qui est arrivé il y a trois jours », raconte Léa Germano, fondatrice du Studio Paillette et collaboratrice de la marque.
Dans les coulisses, plusieurs femmes enceintes s'apprêtent à défiler. Certaines sont à quelques semaines de leur terme. D'autres incarnent différentes générations de femmes. Toutes participent à raconter cette histoire de création, de transformation et de puissance féminine : « On a quelques femmes warrior qui sont parmi nous pour le défilé. On a aussi pas mal d'âges différents. On voulait représenter une femme assez diverse », explique Léa Germano. Cette diversité se retrouve également dans les silhouettes avec des volumes généreux, manches sculpturales, matières moulantes ou au contraire aériennes : « Cette année, on est sur quelque chose de plus viscéral, plus organique. C'est la femme créature, la femme créative », résume-t-elle.
Autour d'elle, maquilleuses, stylistes et créatrices travaillent de concert. Les couleurs du maquillage répondent à celles des vêtements. Les bijoux dialoguent avec les silhouettes. Une œuvre collective prend forme sous les yeux des équipes : « Je suis hyper contente de cette collaboration, créative, colorée, à l'image du show. On voulait quelque chose de très baroque, très fort », confie Léa.
Jade Tekhil : quand l'« Insomnia » devient un défilé
Direction le Palais Longchamp pour découvrir « Insomnia », la nouvelle collection de Jade Tekhil. Ici aussi, le défilé raconte une histoire : « On est vraiment pris dans un rythme de travail effréné où on n'arrive plus trop à s'arrêter », explique la créatrice. Un sujet qu'elle a voulu aborder sous un angle très personnel mais également collectif. « J'ai voulu parler en particulier des femmes qui ont une charge mentale souvent plus importante et cachée. Je pense que les femmes ont une force vraiment impressionnante pour prendre sur elles, garder le sourire et avancer. »
La première partie du défilé traduit cet état de saturation. Les silhouettes semblent porter le poids de pensées qui s'accumulent. Une des tenues comporte une longue traîne, avec tout le long une To Do List imprimée, interminable… « C'est un peu un exutoire pour faire sortir toutes ces pensées négatives quand on a l'impression d'être complètement sous l'eau. Et dans la deuxième partie, on a un retour à soi, à son intériorité, à sa foi. »
Les mannequins deviennent alors des créatures mystiques. Les vêtements prennent une dimension presque onirique. Parmi les pièces les plus marquantes figure une robe entièrement réalisée à partir de cheveux récupérés puis tressés et brodés à la main. Plus de deux semaines de travail ont été nécessaires pour lui donner vie.
D'autres créations sont confectionnées à partir de tissus issus de fins de stocks ou de matériaux récupérés au fil des années : « J'ai beaucoup de choses que je récupère. Et puis quand c'est le moment, je trouve quoi faire avec », raconte la créatrice. Une démarche qui illustre parfaitement l'esprit de la Slow Fashion Week : transformer l'existant plutôt que produire toujours davantage.



