« Pédale rurale » : un documentaire révèle la vie LGBT+ dans le Périgord vert
« Pédale rurale » : vie LGBT+ dans le Périgord vert

« Pédale rurale » : un film intime sur la vie LGBT+ en campagne profonde

Bien plus qu'un simple documentaire, « Pédale rurale » constitue une plongée émouvante dans le quotidien des personnes LGBT+ vivant en milieu rural. Réalisé par Antoine Vazquez, ce film sortira dans les salles nationales mercredi 4 mars. Il a nécessité cinq années de tournage, de 2018 à 2023, et a donné naissance à un collectif militant inattendu dans le Périgord vert.

Benoît, un « timide rêveur » sous les projecteurs

Au cœur de cette œuvre se trouve Benoît, un quadragénaire gay vivant dans le Périgord vert. Préférant taire son nom complet et son village par prudence, il accepte pourtant de se mettre à nu devant la caméra. « C'était contre-nature ici », confie-t-il, évoquant son enfance dans une ferme laitière de Dordogne où être LGBT+ était stigmatisé.

Après des études en ville, Benoît est revenu à la ruralité, attiré par la sérénité des paysages. « Je n'aimais pas l'énergie citadine. Là-bas, mon regard cherchait toujours un arbre », explique-t-il. Pendant un temps, il a même renoncé à sa vie sentimentale, persuadé qu'il n'y avait « pas de queers ici ».

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La naissance d'un collectif militant

La rencontre avec Antoine Vazquez a tout changé. En enquêtant avec le jeune réalisateur sur l'homosexualité en milieu rural, Benoît a commencé à s'ouvrir aux autres. « J'ai utilisé ça comme une psychanalyse », avoue-t-il. Peu à peu, il a rencontré Benjamin, Manon et d'autres personnes partageant des parcours similaires.

Devant la caméra, ce petit groupe s'est transformé en collectif Fièr.e.s Des Champs, à cheval entre le Périgord et la Haute-Vienne. Animés par une fibre militante naissante, ses membres ont décidé de « mettre des couleurs » dans leur vie champêtre.

Les premières marches des fiertés rurales

Le collectif a organisé la toute première marche des fiertés rurales de Dordogne à Thiviers en 2023, un an après la première pride rurale de l'histoire française à Chenevelles dans la Vienne. « À chaque fois, c'est 200 à 250 personnes qui viennent participer », précise Benoît.

Ces événements ne se déroulent pas toujours sans heurts. À Thiviers, « nos pancartes ont été planquées, nos drapeaux déchirés. Notre camion a été saboté », raconte Benoît. Mais les organisateurs persistent, déterminés à « exister » et à « montrer la voie ».

Un vent de changement dans le Périgord vert

Benoît perçoit un véritable tournant depuis quelques années, accentué pendant la pandémie de Covid. « Des néoruraux sont venus s'installer ici, notamment des personnes queers avec une identité affirmée, qui avaient envie de s'impliquer dans le tissu local », observe-t-il.

Pour Antoine Vazquez, Benoît incarne un modèle précieux. « Quand on est queer et qu'on grandit à la campagne, on n'a pas de modèle. Je me suis dit que Benoît pouvait incarner ce modèle qu'on n'a pas eu quand on était jeune », explique le réalisateur.

Une représentation longtemps attendue

Le documentaire « Pédale rurale », déjà adoubé par la critique et repéré par les distributeurs, comble un vide dans la représentation des vies LGBT+ hors des métropoles. Benoît espère que son témoignage encouragera la jeunesse LGBT+ des campagnes à « penser qu'elle a sa place, qu'elle fait partie de la nature ».

En Dordogne, le film sera projeté à Nontron mardi 5 mai et à Thiviers vendredi 5 juin, dans des salles qui accueilleront sans doute des spectateurs découvrant pour la première fois cette réalité rurale méconnue.

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