À Capbreton, un spectacle de danse pour se reconstruire après les violences conjugales
Capbreton : un spectacle pour se reconstruire après les violences

Vendredi soir, aux salles municipales de Capbreton (40), aura lieu la première représentation publique du spectacle « Ave Phenix », après une gestation de neuf mois. Une vingtaine de comédiens non professionnels, sous la direction de la chorégraphe et metteuse en scène Roxane Chafei, se mettront à nu au service d’un récit difficile et personnel, celui des violences conjugales. Difficile parce que vécu par la plupart d’entre eux, personnel parce que touchant au couple et à l’intime.

Une douloureuse genèse

Roxane Chafei, ex-victime de violences conjugales elle-même, est arrivée dans le Sud-Ouest pour laisser derrière elle ce qu’elle a vécu et le transformer en création. « J’ai écrit ce spectacle quand j’ai porté plainte contre mon ex-compagnon, il y a trois ans. Je suis devenue professeure de danse depuis ces violences car, avant, j’étais directrice de production événementielle, pour les plus grosses agences. Ma mère était danseuse, en Iran, j’ai fait des études artistiques, et j’ai quitté ce milieu de l’événementiel notamment à cause des violences », confie-t-elle.

En tant que professeure de danse dans les Landes, elle compte quelque 160 élèves, dont 95 % de femmes. « J’ai découvert, lorsque j’ai lancé le projet du spectacle en octobre dernier, que le sujet concernait beaucoup, beaucoup de mes élèves, et que ce projet pouvait non seulement “éveiller le public” par l’émotion, mais aussi faire avancer les participants sur le chemin de leur reconstruction. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Roxane s’adresse au public sans filtre, non pas pour choquer, mais par souci de vérité : « J’ai eu la “chance”, pendant ces violences, de tomber malade et d’avoir un cancer. Et c’est là que j’ai vu toute la cruauté de mon ex-compagnon face à ma maladie, c’est à ce moment précis que je m’en suis sortie. Mais ça peut être beaucoup plus insidieux, et la sidération, la dissociation, l’emprise, ce sont des mots qu’on entend aujourd’hui dans les tribunaux, mais pas depuis très longtemps. »

Le rôle du compagnon violent

Olivier, qui joue le rôle de l’homme qui bat sa femme dans le spectacle, a lui aussi subi des violences psychologiques. Il s’efforce d’enfiler un masque de colère, qui disparaît instantanément une fois que la musique s’arrête. « C’est compliqué pour moi, je ne suis pas particulièrement colérique, mais c’est une cause qui me tenait vraiment à cœur, donc j’ai accepté le rôle. Les premières répétitions, je n’avais pas l’attitude, le faciès… C’est un jeu d’acteur, et j’y arrive maintenant. Je joue le rôle du mec qui fait du mal, j’ai vécu moi-même des épisodes de violences, et après m’être séparé de la personne avec qui j’avais cette relation, j’ai découvert à quel point le sujet était répandu. »

Danse et acting non verbal

Treize tableaux en musique, du mariage jusqu’à la reconstruction, matérialisent le chemin de Zoé, le personnage principal. « C’est un processus, un mécanisme, de l’apparition des violences jusqu’à la liberté. Zoé, jouée par Marie-Laure, va passer par un mariage qui part vite au vinaigre, à l’emprise qui s’installe, aux allers-retours entre épisodes de violences et lunes de miel, jusqu’à la survie, puis le sevrage, le procès, et l’apprentissage de la vie d’après », détaille Roxane. Le tout sous la forme de danse et d’acting non verbal.

« Danser son histoire, c’est libérateur, ça fait du bien. On met dans la danse l’intensité, les expressions, des choses qui nous sont familières », explique Marie-Laure, qui incarne Zoé. Corinne, qui lui donne la réplique sur scène, ajoute : « Je suis arrivée dans le spectacle parce que, cet été, j’ai découvert que ce que j’avais subi il y a vingt ans était encore en moi, que j’avais peur des hommes, des voix qui portent fort, que ce n’était pas normal… Au final, ça m’a vraiment fait du bien : ça réveille des choses, mais c’est très réparateur, dans mon corps, dans mes émotions… On est marqué à vie, mais c’est aussi une façon d’affronter tout ça. »

Douze autres acteurs jouent douze parties du corps de Zoé, qui parfois s’affrontent, et parfois se réconcilient. La conteuse, un peu comme la conscience de Zoé, explique ce que le personnage ressent.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Programme de la soirée

À Capbreton, vendredi 22 mai, à partir de 17 heures, conférence-débat « Décrypter la violence, comprendre ce qui se répète pour que ça s’arrête », avec Amel Jorge, psychologue clinicienne experte. À 20 heures, table ronde « Sortir de l’emprise, se protéger et guérir », avec la police judiciaire, les associations d’aide aux victimes et les élus. À 21 heures, spectacle « Ave Phenix » (8-20 euros, complet).