Le lac des Rives sur le Larzac : un spectacle naturel aux prolongations humaines
Depuis plus d'un mois, le lac des Rives, situé sur le plateau du Larzac, captive promeneurs, photographes et amoureux de la nature. Alors que sa décrue commence lentement, ce plan d'eau éphémère continue d'attirer des milliers de curieux, offrant un spectacle à la fois magique et intrigant.
Des précipitations exceptionnelles à l'origine du phénomène
L'apparition de ce lac est directement liée à des conditions météorologiques remarquables. Entre décembre et janvier, le Larzac méridional a enregistré environ 950 mm de précipitations, ce qui représente près des trois quarts de la pluviométrie annuelle normale. "C'est une année exceptionnelle en termes de pluviométrie", confirme Méline Salze, chargée de mission Ressource en eau à l'EPTB du Fleuve Hérault et docteur en géologie.
Contrairement à une croyance répandue, ce lac n'est pas alimenté par une résurgence karstique comme la source de la Vis. "En 2023, il avait fait une apparition soudaine et furtive après un épisode de pluies intenses. Auparavant, il y avait eu une période de sécheresse généralisée, le karst était bien sec", rappelle la spécialiste.
Une formation naturelle complexe
Le lac se forme dans une dépression naturelle du Larzac où convergent plusieurs ruisseaux. Le fond de cette dépression est constitué de sable dolomitique argileux qui, sous l'effet de fortes pluies, gonfle et devient imperméable. "Lorsqu'il pleut beaucoup, ce sol meuble gonfle et s'étanchéifie. Rapidement, l'eau ne peut plus s'infiltrer dans le karst et s'accumule en surface", explique Méline Salze.
Le discret coup de pouce humain
Si le phénomène est naturel, sa durée exceptionnelle doit aussi à une intervention humaine peu connue. Les propriétaires ont en effet aménagé un petit barrage au niveau de la perte, l'endroit où l'eau s'écoule normalement vers le karst profond. "Ils ont bouché avec un mur pour maintenir le lac en eau plus longtemps", révèle la géologue.
Cette artificialisation discrète n'enlève rien au caractère spectaculaire du site. Même le lac du Salagou, pourtant artificiel, offre des paysages naturels remarquables. Le lac des Rives, également appelé "Las Aygas", ne fait pas exception.
Des activités insolites sur le lac éphémère
L'apparition prolongée du lac a inspiré des initiatives surprenantes. Pierre Guiraud, connu sous le nom de Pierrot le Zygo, s'est ainsi offert une balade en paddle sur ces eaux inhabituelles. "Faire du paddle sur le Larzac, cela n'existe pas. Ceux qui ne connaissent pas le lac des Rives vont me prendre pour un fou…", s'amuse-t-il.
En 2023, lors de la précédente apparition du lac, les "Zinzins du Tarn" avaient déjà réalisé une baignade remarquée dans ces eaux froides, ajoutant à l'insolite du phénomène.
La réactivation des résurgences karstiques
Plus bas sur les contreforts du Larzac, dans le cirque du bout du monde ou près de Labeil, les résurgences karstiques ont repris vie grâce aux abondantes précipitations. "Cela correspond à la partie noyée du karst qui ressort via des sources, 150 à 200 mètres plus bas que le lac", précise Méline Salze.
Ces phénomènes rappellent que le karst larzacien, avec ses réseaux souterrains complexes, réserve encore bien des mystères aux scientifiques et aux observateurs attentifs. La présence prolongée du lac des Rives, mi-naturelle mi-artificielle, témoigne de l'interaction subtile entre les forces naturelles et l'intervention humaine dans ce paysage unique.



