Ferrocampus à Saintes : le projet avance, les tensions persistent
Ferrocampus Saintes : avancée et tensions politiques

La réhabilitation de la friche SNCF de Saintes avance à grands pas. Le site sera entièrement livré d'ici fin 2028, porté par la Région Nouvelle-Aquitaine dans le cadre du projet Ferrocampus, un centre d’excellence européen dédié au ferroviaire et à la modernisation des TER. Cependant, l’Agglomération de Saintes, prudente, avance à tâtons, tandis que des tensions politiques émergent entre le président de Région Alain Rousset et le maire Bruno Drapron.

Un projet inspiré de l’Aérocampus

Le Ferrocampus s’inspire du modèle de l’Aérocampus de Latresne en Gironde. Défendu depuis 2017 par la Région Nouvelle-Aquitaine et son président Alain Rousset, ce pôle de formation dédié aux métiers du ferroviaire et à la recherche sur la modernisation des TER a vu le jour alors que se profilait une restructuration sévère du Technicentre SNCF Charente Périgord. Outre la perte de 250 emplois, de nombreux mètres carrés allaient devenir une friche, à proximité immédiate de la gare.

Le maire divers droite de l’époque, Jean-Philippe Machon, avait accueilli avec enthousiasme et soulagement cette perspective de renouveau. Enthousiasme partagé par le conseiller régional et ancien cheminot, Jacky Emon. Le 2 octobre 2020, Alain Rousset et le PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, actaient leurs engagements. Fin 2021, un programme d’investissement d’avenir de 43 millions d’euros était signé pour ce « centre d’excellence européen » dédié à la mobilité ferroviaire décarbonée, au redéploiement industriel, à l’innovation, l’expérimentation et au développement d’une offre de formation complète, du CAP au bac+5.

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Des avancées concrètes mais des correspondances manquées

À Saintes, les premières acquisitions auprès de SNCF immobilier ont eu lieu fin 2023. Depuis, les 15 000 mètres carrés de l’ancienne friche cheminote de l’avenue Jules-Dufaure se transforment pour accueillir un pôle « formation supérieure » (Campus) et un pôle « attractivité » (Station). Une première tranche doit être livrée fin 2026, une deuxième en septembre 2028. Les lieux abritent depuis un an le showroom Telli, une maquette à échelle 1 d’un train léger, plus autonome en énergie grâce à des batteries haute performance. Testé sur l’étoile ferroviaire de Limoges, il est vanté comme l’avenir des dessertes rurales. Pour l’heure, seuls les décideurs peuvent accéder à ce showroom.

Malgré ces avancées, depuis Saintes, le projet est peu tangible pour les habitants. La CGT des cheminots moque les inaugurations « symboliques ». À cela s’ajoutent des correspondances manquées, quand ce ne sont pas des invitations égarées, entre la Région et le maire de Saintes Bruno Drapron, élu à la tête de la Ville et de l’Agglo depuis 2020. Dès le départ, pendant que les uns et les autres applaudissaient, l’élu régional centriste Bruno Drapron accueillait avec la plus grande méfiance les annonces d’Alain Rousset. Une fois élu maire, il a soufflé le chaud et le froid.

Alain Rousset s’agace : « C’est comme si un enfant, à qui on offre un cadeau qu’il attendait ou auquel il n’avait pas pensé, reprochait à ses parents de lui faire un cadeau. La Région a un engagement financier sur les aspects d’investissement immobilier de 40 millions d’euros. Ce qui est rare pour une commune. Je ne comprends pas bien que, pour des raisons politiciennes, on puisse critiquer le projet. »

Tancé par ses adversaires pour son manque d’entrain, Bruno Drapron s’est expliqué lors d’un récent conseil municipal : « Il se trouve qu’il y a dix ans, j’ai dit au Conseil régional, dans lequel je siégeais, que j’étais sceptique sur l’idée. Je l’assume. J’ai aussi dit publiquement que Ferrocampus était une chance pour le territoire et que je remerciais la Région pour cela. »

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SupFerro : des étudiants à accueillir

L’école d’ingénieurs SupFerro est une validation politique mais elle n’est pas encore validée par l’État. Les 900 apprenants par an promis se font désirer. Pour l’heure, les « colorations » ferroviaires sont enseignées dans une douzaine de lycées, dont Bernard-Palissy à Saintes, « tête de pont du campus ferroviaire », salue Alain Rousset. L’établissement accueille depuis la rentrée 2025 un BTS et une licence pro. La friche de la Trocante, propriété de l’Agglo de Saintes, pourrait être destinée à une résidence pour les étudiants.

Porté par l’Université de La Rochelle, le dossier SupFerro (60 étudiants par promotion) a été déposé il y a quelques jours pour une ouverture en septembre 2028. L’Agglo de Saintes a apporté son concours en s’engageant sur l’accueil des futurs apprenants, tant au niveau de l’offre de culture, de sport que de logements. Dans ce travail prospectif, la friche de la Trocante, rive droite, pourrait être réservée à une résidence.

Depuis un an, l’Agglo travaille également à repenser le quartier de la gare. Mais rien n’a été défini. Cette partie a été confiée à Éric Pannaud, vice-président en charge de l’enseignement, qui, comme Bruno Drapron, songe « à une filière de sous-traitance du ferroviaire. L’Agglo a son rôle à jouer en disant on est prêt, on a le foncier, venez vite ». Suffisant pour que le territoire soit au rendez-vous du Ferrocampus ? « Pas encore, cingle le président de Région. Mais nous, on avance. Ce qui est important, c’est de voir combien de centaines de jeunes vont être formés ; comment Saintes deviendra une ville universitaire dédiée au ferroviaire ; comment on réhabilite des bâtiments ; comment on va inventer le train du futur ; comment on pourra faire des essais parce que ce sera à côté des voies ; comment on va améliorer la sécurité des trains », recentre Alain Rousset.