Un rapport accablant sur l'organisation du secours en montagne
Dans un rapport daté du 11 février 2026, la Cour des comptes livre une analyse sévère de l'organisation du secours en montagne en France. Les magistrats estiment que le dispositif actuel, qui mobilise la gendarmerie (PGHM) basée à Oloron-Sainte-Marie, la police (CRS) à Lannemezan et les sapeurs-pompiers des Pyrénées-Atlantiques (Sdis 64), aboutit à un système « plus efficace qu'efficient » et globalement « surdimensionné ».
Des coûts qui s'envolent et une inefficience criante
En 2024, le coût complet de la mission a atteint 107 millions d'euros, soit un coût moyen par intervention estimé à « près de 10 780 € ». Face à des dépenses qui ont bondi de 54,5 % depuis 2012, la Cour des comptes juge désormais « difficile de rester sur un statu quo ».
Le cas problématique des Pyrénées-Atlantiques
Le département des Pyrénées-Atlantiques (64) fait l'objet d'une analyse particulièrement critique. La Cour déplore le « manque d'efficience » de la médicalisation des secours locaux, qu'elle attribue à la présence de deux centres de régulation médicale à Pau et à Bayonne.
Ce « bicéphalisme » rallonge les délais de traitement : un appel réceptionné à Bayonne peut nécessiter une bascule vers Pau, engendrant des délais supplémentaires de « vingt minutes », ce qui constitue une « perte de chance pour les victimes ». Pour la Cour, la régulation et la médicalisation devraient être « assurées par le seul Samu de Pau », plus proche de la base des hélicoptères et de la montagne.
Une sous-activité préoccupante des unités de terrain
L'efficacité des unités de terrain dans le 64 est également remise en question. Les magistrats relèvent que le peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) d'Oloron-Sainte-Marie se caractérise par un « niveau d'activité particulièrement faible », avec seulement « 14 interventions par secouriste en moyenne en 2024 », contre 22 interventions au niveau national.
Ce constat de sous-activité touche l'ensemble des forces du massif pyrénéen : la section CRS de Lannemezan est jugée « surdimensionnée » avec ses 32 secouristes, au regard du volume de missions.
Des recommandations fortes pour rationaliser le système
Face à cette situation, la Cour des comptes recommande officiellement de « facturer totalement ou partiellement les interventions » d'ici à la fin de l'année 2028. Cette mesure viserait en priorité les accidents survenant sur les domaines skiables ou dans les « bike-parks » estivaux (quads, VTT de descente...), afin de mettre fin à une situation où l'État assure « gratuitement l'été un secours qui est payant l'hiver ».
Des moyens aériens vieillissants et insuffisants
Le rapport s'alarme également de la dégradation des moyens aériens, essentiels dans 80 % à 90 % des secours. La Cour note une « vétusté des hélicoptères de la gendarmerie », dont l'âge moyen atteint 26 ans. En raison d'un manque de pièces, le taux de disponibilité chute à 70 %, ce qui pourrait obliger les forces de l'ordre à « fermer certaines bases » à moyen terme.
Vers une rationalisation radicale du système
Les magistrats préconisent une « rationalisation plus radicale », allant jusqu'à l'unification des trois forces de secours au sein d'une unité unique. Cette mesure pourrait générer 10 millions d'euros d'économies par an, selon les estimations de la Cour des comptes.
Ce rapport met ainsi en lumière les dysfonctionnements majeurs d'un système de secours en montagne dont les coûts explosent tandis que l'efficience décline, appelant à des réformes structurelles urgentes.



