Solliès-Pont : la cerise, oubliée de l'histoire face à la figue
Solliès-Pont : la cerise, oubliée de l'histoire

Avant que la figue ne devienne l'emblème de Solliès-Pont, la cerise régnait en maître sur la plaine. Pendant des siècles, la richesse agricole de la commune a reposé sur ce fruit, exporté chaque jour vers Paris, l'Angleterre, la Hollande et l'Allemagne. Cette histoire est pourtant bien plus récente qu'on ne l'imagine, et la 29e édition de la Fête de la Figue, qui se tient le week-end prochain, rappelle cette transition agricole majeure.

La cerise, reine de la vallée au XIXe siècle

Au XIXe siècle et au début du XXe, les cerisiers couvrent une grande partie de la plaine de Solliès-Pont. L'arrivée du chemin de fer en 1862 a bouleversé l'économie locale : les récoltes sont expédiées quotidiennement vers les Halles de Paris, mais aussi vers l'Angleterre, la Hollande ou l'Allemagne. La cerise fait alors vivre des centaines de familles, et la gare voit transiter jusqu'à 50 tonnes de cerises par jour à son apogée.

Cette activité florissante a façonné le paysage et l'identité de la vallée du Gapeau. Les processions, bals et fêtes agricoles du début du XXe siècle témoignaient déjà de l'importance de ce fruit dans la vie locale. Mais la concurrence s'intensifie progressivement, et plusieurs épisodes climatiques fragilisent les cerisiers, annonçant un changement de cap.

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La figue, une ascension progressive

La figue était déjà présente dans les jardins, mais occupait une place secondaire. Tout change au cours du XXe siècle : les habitudes de consommation évoluent, la concurrence s'intensifie et les producteurs se tournent vers un arbre parfaitement adapté au climat méditerranéen. La Bourjassotte noire, variété locale, révèle alors toutes ses qualités gustatives et de conservation.

Au fil des décennies, la culture du figuier s'étend dans toute la vallée. La récolte obéit à un savoir-faire très précis : les fruits sont cueillis à parfaite maturité, souvent à la main et en plusieurs passages, pour ne sélectionner que ceux ayant atteint leur pleine qualité. Les producteurs perfectionnent leurs techniques, sélectionnent les meilleurs fruits et développent une véritable filière, qui aboutit à l'obtention d'une Appellation d'Origine Protégée (AOP).

Une AOP unique en France

L'AOP Figue de Solliès garantit l'origine géographique et les qualités du fruit. Cette appellation demeure la seule AOP française consacrée à la figue fraîche, un gage de reconnaissance pour les producteurs locaux. La Fête de la Figue, qui accueille cette année sa 29e édition, est devenue un rendez-vous incontournable bien au-delà des frontières du Var, attirant des milliers de visiteurs.

Derrière la convivialité de la manifestation se cache une histoire plus ancienne : celle d'une terre qui, depuis des siècles, a toujours su faire de ses fruits une richesse. La vallée du Gapeau vit au rythme de ses vergers, du travail patient des hommes et des femmes qui les cultivent, et de cette capacité à faire d'un fruit local un patrimoine partagé. La fête de cette année célèbre à la fois la figue et la mémoire de la cerise, qui a ouvert la voie.

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