Marseille : sondages serrés avant les municipales, Payan et Vassal face à la montée du RN
Municipales Marseille : sondages serrés, montée du RN inquiète

Marseille : les sondages électoraux dessinent une bataille municipale à trois voix

À quelques semaines seulement des élections municipales de mars 2026, la campagne marseillaise s'intensifie dans un contexte de sondages particulièrement serrés. Le sociologue Nicolas Maisetti, spécialiste des équilibres politiques locaux, souligne l'impact réel de ces enquêtes d'opinion. « On peut parler des sondages lorsqu'ils ont des effets sur la campagne et sur le positionnement des acteurs », affirme-t-il, soulignant leur influence sur les stratégies des candidats.

Un trio de tête extrêmement resserré

Selon le dernier sondage OpinionWay réalisé pour Le cercle des Elus Locaux, le maire sortant Benoît Payan, candidat du Printemps marseillais, totalise exactement 31 % des intentions de vote au premier tour. Ce score le place à égalité parfaite avec son homologue du Rassemblement national, Franck Allisio, qui réalise également 31 %. La situation devient ainsi particulièrement tendue pour les deux principaux prétendants.

Martine Vassal, candidate pour l'union de la droite et du centre, apparaît distancée en troisième position avec seulement 20 % des intentions de vote. Sébastien Delogu, député de La France Insoumise, complète ce quatuor avec 14 % des suffrages exprimés, créant ainsi une configuration politique complexe à quelques semaines du scrutin.

Martine Vassal en difficulté stratégique

La présidente du département des Bouches-du-Rhône et de la métropole Aix-Marseille-Provence se trouve dans une position délicate. Après avoir initialement axé sa campagne sur une critique frontale du bilan de Benoît Payan, elle multiplie désormais les attaques contre le candidat d'extrême droite Franck Allisio. « Marseille est rebelle. Elle n'acceptera jamais que le RN, parti originaire de Vichy et Pétain, accède au pouvoir », a-t-elle déclaré sur les réseaux sociaux fin janvier.

Dans une autre publication, elle a accentué ses critiques : « Avec le RN, entreprises et commerçants sont abandonnés. Aucune vision économique crédible, politique de façade ! ». Elle pointe également l'absence de Franck Allisio aux invitations de la Chambre de Commerce et d'Industrie et de l'Union des Professions de l'Est, y voyant un désintérêt pour l'économie locale.

Pour le politiste Nicolas Maisetti, les mauvais résultats de Martine Vassal dans les sondages viennent « sanctionner une hésitation » de la candidate. Elle navigue en effet entre une campagne « à droite toute » et la nécessité de ménager ses soutiens de Renaissance et du centre droit. Une ambiguïté sur une possible alliance avec le RN au second tour, exprimée en décembre dernier, a particulièrement crispé ses alliés centristes.

Virginie Martin, politologue et enseignante à Kedge Marseille, analyse cette posture délicate : « C'est absolument inextricable comme posture : ce qu'elle pense au fond est certainement plus droitier, mais elle doit donner des gages de confiance » à ses soutiens politiques. Récemment, l'ex-ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau s'est rendu à Marseille pour soutenir sa candidature, cherchant à mobiliser l'électorat de droite traditionnel du sud-est de la France.

Benoît Payan face à un double défi

De son côté, le maire sortant Benoît Payan doit composer avec la candidature de Sébastien Delogu à sa gauche. Le député Insoumis de 38 ans, né dans les quartiers nord de Marseille, mène une campagne de terrain avec un soutien notable parmi les jeunes électeurs. Un membre de l'équipe de campagne du Printemps marseillais exprime son inquiétude : « Cette candidature est une donnée à prendre en compte, qui par addition mathématique, sert le RN. Delogu a fait le choix de se lancer une aventure personnelle qui ne sert finalement que l'extrême droite. »

Néanmoins, la situation semble globalement plus favorable pour l'édile sortant. Virginie Martin précise son analyse : « Sur sa droite, Benoît Payan est moins coincé par Renaissance qu'il aurait dû l'être. Et sur sa gauche, le parti n'est pas à la hauteur de ce que peut procurer comme gêne le RN pour la droite ». Nicolas Maisetti abonde dans ce sens : « Delogu pèse encore moins que Vassal dans cette équation. D'autant que l'entrée en campagne de LFI est aussi étonnante, tapant davantage sur Payan que sur un risque de l'extrême droite. »

Le RN comme adversaire principal

Pour Benoît Payan et son équipe de campagne, l'adversaire est clairement identifié : Franck Allisio et le Rassemblement national. L'entourage du Printemps Marseillais confirme cette lecture stratégique : « C'est le plus grand combat contre le RN de France rapporté à la taille de la ville. Il y a un risque réel de prise du pouvoir qui rend l'enjeu de cette municipale encore supérieur. Notre but est de convaincre les Marseillais de nous faire confiance et de ne pas dévier de la trajectoire : notre ennemi est le RN. »

Les élections municipales de Marseille se tiendront les 15 et 22 mars 2026, promettant un scrutin particulièrement indécis dans la deuxième ville de France. La montée en puissance du Rassemblement national, couplée à la fragmentation du paysage politique local, crée une configuration électorale inédite qui pourrait redéfinir durablement les équilibres politiques marseillais.