Squat à Saintes : le maire revendique une démarche proactive
Squat à Saintes : le maire revendique une action ferme

Une maison double appartenant à l’Institut Pasteur et à une veuve vivant dans l’Isère était régulièrement squattée, rive droite à Saintes. La municipalité et la police ont fini par obtenir le dépôt de plainte nécessaire pour agir. Le maire revendique une démarche « proactive » face aux squats.

Un squat devenu un point de deal

Un panneau « Bien vendu ! » barre l’entrée du 81 et du 83, rue Gautier, à Saintes, depuis début avril. Voilà qui vient boucler une longue procédure pour sortir cette jolie habitation de l’ornière, sur cet axe passant, juste en face du magasin E. Leclerc de l’Abbaye, rive droite. Composée de deux maisons jumelles, construite au début du XXe siècle, elle ne manque pas d’allure avec son alternance de briques et de pierres. Mais son état se dégradait à vue d’œil.

« Cela fait au moins dix ans que ce n’était pas habité. Depuis trois ou quatre ans, c’était devenu un Airbnb du squat. Des gens se refilaient l’adresse, moyennant rémunération. Ils s’étaient installés, il y avait même l’électricité. Pour ça, il suffit de payer. Un occupant avait donné son nom et son RIB. C’était aussi un point de deal. Pour les riverains, tout cela posait un problème d’insécurité », déplore le maire, Bruno Drapron.

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Des dégradations importantes

Il y a trois ans, un occupant a commencé à s’approprier les lieux, en domptant les ronces du jardin. Il a même installé des palettes en bois pour constituer une barrière le long de la rue. Elles n’ont pas tenu longtemps. L’intérieur du bâtiment a souffert. Des trous ont été percés à travers un mur porteur pour faire communiquer les deux parties.

En novembre 2025, la municipalité a pris le taureau par les cornes en affichant sur le grillage un arrêté municipal de mise en sécurité. Il s’appuyait sur une visite des services municipaux, le 6 novembre, qui avaient constaté « une toiture endommagée, une antenne TV sur le point de tomber, des vitres cassées, des fissures, de nombreuses infiltrations, des gouttières déboîtées ». Le texte intimait aux propriétaires de faire des travaux et d’évacuer les occupants.

L’obstacle du dépôt de plainte

Le document a rapidement été arraché et le squat a continué. Pour la Ville, l’objectif était surtout de faire réagir les propriétaires. « Sans dépôt de plainte, on ne peut rien faire. Le problème, dans ce cas, c’est que les personnes étaient très loin. Cela a mis un peu de temps », rembobine Bruno Drapron. Le coup de pression a fait son effet, les plaintes ont été déposées.

En janvier 2026, la Ville a fait obturer les entrées. La plaque de contreplaqué bouchant la porte principale a été fracturée peu après. Une opération conjuguant des effectifs de la police nationale et de la police municipale était programmée en février pour déloger les intrus, mais la crue l’a repoussée à plus tard. La rue était inondée. Depuis, les lieux ont été abandonnés et les ouvertures ont été refermées.

Une « verrue » murée

Un autre squat a été délogé il y a six mois à une rue de là, dans un bloc bordant le parking de l’abbaye aux Dames. « Des marginaux avaient trouvé électricité et confort dans ces anciens bâtiments de la Direction départementale de l’équipement. Très vite, c’est devenu une zone de deal. Quand la police est intervenue, elle a saisi de la drogue. Deux jours après la libération des lieux, on a muré les entrées. La justice s’est saisie de l’affaire », relate Bruno Drapron.

Le maire aimerait raser cette « verrue », ce qui ouvrirait la perspective sur l’abbaye et ses remparts. « L’État en demande 250 000 euros. Nous, on est prêts à la récupérer pour l’euro symbolique, en sachant qu’ensuite il y a le coût de la déconstruction. » Les intrus sont chassés, mais cela ne fait-il que déplacer le problème ? « On suit, à chaque fois, et on aura une démarche très proactive. Le domaine public doit être partagé et pas occupé de façon désagréable pour la population. Les lieux privatifs aussi », répond Bruno Drapron.

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Il mentionne un renforcement des moyens de sécurité dans le secteur de l’abbaye aux Dames ou les grilles posées devant le Présidial, rive gauche, pour empêcher d’y « zoner ». « À chaque fois, la démarche est construite avec la police et la sous-préfecture. Il y a des règles », assure l’élu, qui entend afficher une position de fermeté sur l’insécurité.

Des propriétaires très lointains

Surprise : sur l’arrêté municipal de novembre 2025, on découvrait que le numéro 81, rue Gautier, appartenait à l’Institut Pasteur, à Paris ! L’ancien propriétaire, aujourd’hui décédé, en avait fait don à l’organisme connu pour ses travaux de recherches. « Sud Ouest » a contacté l’Institut Pasteur pour savoir comment il gérait ce genre de cadeaux un peu empoisonnés… Il n’a pas donné suite mais a bien engagé les démarches pour porter plainte et vendre son bien. L’autre partie, au n°83, avait été léguée à la veuve. « Elle est quasi centenaire, elle vit avec sa fille, dans l’Isère. Ce n’était pas évident de coordonner l’ensemble », indique le commissaire Nicolas Oustabassidis.