Le 21 mai 2026, dix ans après la mort de l’adjudant Nicolas, la compagnie de gendarmerie de Gassin-Saint-Tropez, le GIGN d’Orange et sa famille se sont réunis pour un hommage à Gassin. Le silence appelle à la mémoire. En rang, le regard droit, les bras le long de leurs costumes ajustés, les membres du GIGN d’Orange et de la compagnie de gendarmerie de Gassin-Saint-Tropez sont liés par la même pensée ce 21 mai 2026. Leur esprit remonte dix ans en arrière. Ce jour-là, ils perdaient un collègue lors d’une intervention sensible mais habituelle à Gassin, l’adjudant Alain Nicolas du GIGN.
Une intervention qui tourne au drame
Les gendarmes étaient appelés pour intervenir sur des violences conjugales à Gassin. « On est toujours vigilants mais on sait que le risque sur ce type d’opération est toujours plus élevé », affirme l’adjudant-chef Wilfried Baudière, l’un des deux premiers hommes envoyés sur place. « Arrivés à l’adresse, on découvre une femme en sang au bord du chemin, son mari s’est retranché vers la maison. On ne savait pas s’il était armé », se remémore-t-il. À leur approche, le conjoint tire au fusil. Les deux militaires se replient, sécurisent la victime et appellent des renforts. Le PSIG puis le GIGN arrivent sur place et cherchent la trace du suspect parti dans la forêt. Lorsqu’il le retrouve, l’adjudant Nicolas tente une sommation, coupée par un deuxième coup de feu. « On entend qu’un gendarme est touché, l’ambiance change d’un coup. Je n’avais encore jamais vécu ça », confie l’adjudant-chef Baudière. Dans les minutes qui suivent, les secours tentent de le maintenir en vie, sans succès.
Le choc et le soutien
« Quand ils sont sortis de l’ambulance et nous ont annoncé sa mort, ça a été un choc pour tout le monde. Personne ne s’y attendait, personne n’était préparé. Pour ses collègues, pour beaucoup des jeunes, ça a été très dur. On les a recueillis et on a tenté de les consoler. Dix ans après, c’est un moment encore difficile à revivre même pour les habitants du quartier, très émus », rapporte Anne-Marie Waniart, élue maire deux ans plus tôt et présente lors du drame.
Le sens de l’engagement transmis à son fils
Derrière cet homme dont le parcours exemplaire a été reconnu par la nation et loué une nouvelle fois lors de cette cérémonie, il y avait une famille : son épouse et ses deux enfants. « Lorsque le destin frappe, ce sont eux qui portent dans le silence et la douleur, le poids de l’absence », énonce solennellement le commandant d’unité et chef d’escadron Valentin. Pour son père, Jean-Pierre Nicolas, venu de Saint-Étienne pour la commémoration, le souvenir de ce jour est encore vif mais la douleur, grâce au soutien des anciens camarades de son fils, s’apaise : « Je vois tout le temps les gars du GIGN. Chaque année à cette date, je reçois plusieurs messages de soutien. Il y a beaucoup de solidarité dans la gendarmerie, nous n’avons jamais été oubliés. C’est devenu une famille. » Le goût de l’engagement est venu à Alain Nicolas lorsqu’il avait 21 ans après son service militaire de dix mois : « Les gendarmes sont venus à la maison car ils voulaient le recruter. Je lui ai dit : “Fonce ! Fais ce qu’il te plaît mais fais le fond.” Mais jamais, je n’ai pensé à ce risque. » Aujourd’hui, le fils de l’adjudant Nicolas, âgé de 22 ans, est lui aussi devenu gendarme : « C’est une grande fierté. Son père serait fier aussi, il veille sur lui de là-haut. »
« Vous êtes très souvent le dernier rempart face à l’horreur »
Depuis le 21 mai 2016, son sacrifice ne quitte plus aucun de ses collègues de la gendarmerie intervenus il y a dix ans. « Lorsque je pars en intervention, j’y pense. J’en parle régulièrement à mes hommes, pour qu’ils soient vraiment conscients de ce risque », partage l’adjudant-chef Baudière. Pour rappeler le danger encouru par les forces de l’ordre, entretenir la mémoire et éviter que l’adjudant Nicolas « ne devienne qu’un nom inscrit sur une plaque », son récit habite les conversations et se transmet aux nouvelles générations : « Son nom demeure dans la mémoire collective, dans l’histoire du GIGN et dans l’esprit de ceux qui servent aujourd’hui sous le même uniforme. Son souvenir, c’est aussi se retrouver autour de moments simples, légers, à travers le sport ou des événements associatifs », rappelle le chef d’escadron Valentin. Face à l’insoluble criminalité et la violence, la sous-préfète de Draguignan adresse une profonde « considération » et un soutien indéfectible aux gendarmes : « Vous êtes très souvent le dernier rempart face à l’horreur. […] Aujourd’hui son exemple nous inspire. Il nous rappelle que derrière l’uniforme, se trouvent des femmes et des hommes qui acceptent chaque jour le risque suprême pour défendre la paix, la sécurité et les valeurs de notre république. »



