Un peu plus de trois années après la vaste collecte organisée par l’État, une douzaine de millions d’armes à feu seraient encore aux mains des particuliers, dont la moitié de manière illégale à en croire l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO). À force de pointer la dérive américaine, la France n’aurait-elle pas oublié de balayer devant la porte de son propre arsenal ? Au bas mot, cinq millions et demi de calibres déjà légitimement détenus par des chasseurs mais aussi quelque 300 000 tireurs sportifs, discipline dont l’engouement exponentiel sème au passage le doute chez certains observateurs. Sans compter donc l’artillerie plus ou moins lourde conservée au grenier des familles. Ici une pétoire clandestinement héritée de la Seconde Guerre mondiale, ailleurs la relique d’une vieille partie de chasse, aux armes et cætera.
Un arsenal clandestin considérable
Selon l’Institut des hautes études internationales de Genève, l’Hexagone serait même – derrière la Finlande – le deuxième pays européen le plus outillé, avec près d’une vingtaine d’armes pour 100 habitants. « Nous savons avec certitude que deux millions d’armes illégales sont dans la nature », reconnaît de son côté le chef du Service central des armes et explosifs (Scae) au ministère de l’Intérieur. Tout en admettant l’existence d’un chiffre noir, « sans doute cinq à six millions passées sous les radars ». Legs discrets, trafic sur Internet ou bien depuis les Balkans, armuriers véreux et même impressions 3D pour d’autres encore plus futés, les sources d’approvisionnement clandestines ne cessent de se diversifier quand, chaque année, 9 000 armes à feu sont également dérobées lors de cambriolages.
Porosité entre collectionneurs et délinquants
Auteur d’un rapport pour le compte de la Direction nationale de la police judiciaire, le commandant Philippe Nobles a su faire parler cette poudre noircissant in fine souvent les mains des criminels. Et de cibler au passage le milieu des collectionneurs. « Les enquêtes démontrent qu’ils peuvent parfois détenir plusieurs centaines d’armes en toute illégalité, qui s’échangent sur un marché parallèle, entraînant une certaine porosité entre ces amateurs déviants et les délinquants, parfois les terroristes. »
Du vintage aux armes lourdes
À l’image, parmi d’autres, d’un Mohammed Merah semant la mort armé d’un vieux Colt 45 à Toulouse, du tueur de l’Hyper Cacher équipé d’une arme de poing de 1932, ou bien encore de ce revolver d’ordonnance – modèle 1892 – utilisé lors des attaques de Carcassonne et de Trèbes. Point, en revanche, de quincaillerie vintage sous le manteau des malfaiteurs d’envergure ni chez les caïds du narcotrafic. « Pour ces derniers, le besoin d’affichage est fondamental, notamment avec des kalachnikovs », explique le chef du Scae. « Quant aux bandes spécialisées dans les attaques de centres forts ou de transport de fonds, elles disposent d’un armement nécessairement plus lourd encore. » Au chapitre de la petite et moyenne délinquance c’est, à l’inverse, au petit bonheur la chance.
Un problème de sécurité publique
Fort des 140 000 armes déposées au terme de la petite semaine de collecte menée fin 2022, le ministère de l’Intérieur nuance l’ampleur de cette désobéissance si peu citoyenne. « Tous les ans, 30 000 sont déjà spontanément rendues à l’État. Mais il s’agit d’un vrai problème de sécurité publique. » Et de citer comme autant de dommages collatéraux les accidents domestiques, conflits de voisinage et autres féminicides commis dans un quart des cas à l’aide d’une arme à feu.



